
Sous le terrain du complexe sportif Octave-Lapize, Villiers-sur-Marne prépare une infrastructure qui ne se verra presque pas une fois terminée. À plusieurs centaines de mètres sous terre, le Sipperec veut capter la chaleur du Dogger pour alimenter un réseau de chaleur commun à Villiers, Bry-sur-Marne et Noisy-le-Grand. L’enquête publique ouverte à l’automne 2026 marque une nouvelle étape avant les travaux.
Le projet Marnéo repose sur un principe déjà utilisé dans plusieurs secteurs d’Île-de-France : chercher de l’eau chaude dans les couches profondes du sous-sol, récupérer son énergie puis la réinjecter. À Villiers, quatre forages doivent être installés sur le site d’Octave-Lapize, avec une centrale géothermique à proximité. Le terrain de football concerné doit être déplacé pendant les travaux avant d’être remis en état.
La particularité du projet n’est pas seulement la technique, mais son organisation. Une seule commune accueille les puits, tandis que la chaleur produite doit circuler dans un réseau de 33 kilomètres vers trois villes. Le scénario présenté prévoit plus de 160 GWh de production annuelle à la mise en service du réseau et un taux de 74 % d’énergies renouvelables et de récupération à terme.
Cette mutualisation répond à une contrainte classique des réseaux de chaleur : il faut une taille suffisante pour amortir une infrastructure lourde. L’étude de faisabilité évaluait le besoin à environ 149 GWh par an, correspondant à près de 20 000 équivalents-logements, répartis entre Villiers-sur-Marne, Bry-sur-Marne et Noisy-le-Grand.
Le choix représente aussi un engagement financier important. Les investissements avaient été évalués à environ 108 millions d’euros hors taxes par le Sipperec, avec une hypothèse de subventions couvrant 40 % du montant. Le coût définitif doit encore être précisé à mesure que les études techniques avancent.
Pourquoi creuser si profond pour chauffer des bâtiments ? Parce que le chauffage urbain est l’un des secteurs où les collectivités cherchent à réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Un réseau alimenté par une ressource locale permet de limiter l’exposition aux variations du prix du gaz et de répartir l’investissement entre plusieurs communes.
Le projet reste cependant une opération industrielle complexe. Le forage devra confirmer les caractéristiques attendues du sous-sol avant l’exploitation durable de la ressource. Les premières phases de mise en service sont annoncées à partir de 2029.
À Octave-Lapize, le changement sera d’abord discret : quelques équipements techniques remplaceront temporairement une partie du terrain sportif. Mais sous les pelouses de Villiers, une nouvelle source de chaleur pourrait bientôt rejoindre le quotidien des habitants des trois communes.