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À Créteil, un palais de justice pensé comme une rue

Derrière la tour du tribunal de Créteil, une « rue de la justice », des banquettes, une cafétéria et une garderie racontent l’ambition civique des années 1970.

Illustration du tribunal de Créteil

À Créteil, le tribunal judiciaire s’impose de loin par sa tour de seize étages. Mais la partie la plus étonnante du bâtiment se trouve au ras du sol. Ses architectes, Daniel Badani et Pierre Roux-Dorlut, avaient baptisé le grand hall d’accueil « rue de la justice ». Sous une verrière, douze poteaux de béton s’évasent en alcôves équipées de banquettes, conçues pour attendre ou discuter un peu à l’écart du passage.

Au programme des Journées européennes du patrimoine ce samedi 19 septembre figuraient une exposition de plans d’origine, de photographies et d’archives, des visites guidées à travers les espaces de la juridiction et les parcours des justiciables et des professionnels, ainsi qu’une conférence du CAUE du Val-de-Marne consacrée au travail de Badani et Roux-Dorlut.

Cette « rue » raconte aussi ce que Créteil cherchait à devenir. Lorsque le Val-de-Marne est créé dans les années 1960, son nouveau chef-lieu doit accueillir préfecture, archives et palais de justice. Badani et Roux-Dorlut sont choisis en 1965 pour concevoir ces trois équipements, répartis dans différents secteurs du « Nouveau Créteil » plutôt que réunis dans une seule cité administrative. Le tribunal ouvre en janvier 1978, au milieu d’une ville encore largement en train de prendre sa forme actuelle.

De loin, le bâtiment devait affirmer la présence de l’institution. De près, le programme cherchait au contraire à rendre l’arrivée moins austère. Après les jardins, les fontaines et les portes métalliques sculptées par Pierre Sabatier, le public entrait dans le hall éclairé par une verrière. Une cafétéria lui était destinée. À l’origine, le palais proposait également une garderie, un bureau de poste et un drugstore. Pierre Guariche participa à l’aménagement intérieur, tandis qu’une œuvre du Suédois Bengt Olson prit place sur la façade sud.

Près d’un demi-siècle plus tard, le bâtiment n’est pas devenu un décor patrimonial vide. Le tribunal reste la juridiction de première instance pour tout le Val-de-Marne, et sa tour vient de sortir d’un chantier de désamiantage et de rénovation qui a duré plus de dix ans. Fin 2025, la juridiction annonçait l’achèvement de ces travaux.

Le palais est labellisé Architecture contemporaine remarquable depuis 2018, mais son intérêt tient aussi à quelque chose de beaucoup plus quotidien. Dans un bâtiment voué aux audiences, aux conflits et aux longues attentes, ses concepteurs avaient prévu des fontaines, une cafétéria, des services et surtout des endroits où s’asseoir à deux dans le hall. La grande tour devait représenter la justice dans le paysage de Créteil ; au pied de la tour, on avait essayé de lui donner une rue.

Sources consultées
  1. Ministère de la Culture, Plateforme ouverte du patrimoinePalais de justice, notice ACR0000764
  2. Ministère de la Culture, Journées européennes du patrimoineVisite guidée
  3. Ministère de la Culture, Journées européennes du patrimoineExposition : « Le tribunal se dévoile : des plans aux écrans »
  4. CAUE du Val-de-MarneL'architecture du Tribunal dans l'œuvre des architectes Badani et Roux-Dorlut
  5. Cour d'appel de ParisActivité du tribunal judiciaire de Créteil