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À Gentilly, Gisi estime que l’IA peut reprendre 70 % des tâches : la justice demande le test grandeur nature

À Gentilly, Gisi veut supprimer huit postes après avoir estimé que son IA peut reprendre 70 % des tâches. La justice exige d’abord des tests sur des publications complètes.

Illustration - IA et rédaction à Gentilly

Au siège de Gisi, à Gentilly, l’entreprise estime que l’intelligence artificielle peut reprendre environ 70 % des tâches des secrétaires de rédaction. Huit postes devaient disparaître et deux postes de chefs d’édition être créés. Le tribunal judiciaire de Créteil a suspendu cette réorganisation le 15 septembre.

L’ordonnance met surtout à l’épreuve la manière dont cette estimation de 70 % a été établie. Gisi utilise un outil baptisé DIGI pour automatiser ou assister des tâches comme la correction, la titraille, les chapôs ou l’application des chartes éditoriales de ses titres, parmi lesquels L’Usine Nouvelle et LSA. Mais les essais présentés au dossier ne reproduisaient pas encore le fonctionnement complet d’une rédaction.

Une expérimentation documentée en août ne portait ainsi que sur trois articles. Surtout, les « numéros 0 » annoncés, c’est-à-dire des publications complètes réalisées avec la nouvelle organisation, n’avaient pas encore été produits.

Un logiciel peut effectuer une correction ou proposer un titre sans que le temps humain correspondant disparaisse intégralement. Il faut encore contrôler le résultat, reprendre les erreurs, arbitrer, coordonner la fabrication du journal et absorber les tâches qui changent de mains. Dans le projet de Gisi, les tâches que l’outil ne devait pas reprendre devaient notamment être redistribuées, tandis que rédacteurs, maquettistes, iconographes et futurs chefs d’édition pouvaient eux aussi voir leur charge évoluer.

Le tribunal relève précisément que ces transferts n’ont pas été suffisamment mesurés. Il retient l’existence d’un risque grave et caractérisé pour la santé physique et mentale des salariés si la réorganisation était appliquée sur des évaluations de charge encore incomplètes.

Gisi doit donc poursuivre les tests en situation réelle, réaliser des numéros 0 et réévaluer la quantité de travail qui reste effectivement aux différents métiers. Dans l’intervalle, le projet de réorganisation, les licenciements et les procédures de reclassement sont suspendus. L’ordonnance prévoit une astreinte de 8 000 euros par jour en cas de non-respect, pendant trois mois au maximum.

La direction ne renonce pas à DIGI. Sa présidente, Isabelle André, a indiqué à l’AFP que Gisi allait réaliser des « numéros complets » et poursuivre les essais, tout en envisageant un appel.

Le conflit avait déjà conduit la cour d’appel de Paris à confirmer en mai que le déploiement de DIGI et de ChatGPT chez Gisi constituait l’introduction d’une nouvelle technologie nécessitant la consultation du CSE. La décision de septembre ajoute une étape beaucoup plus opérationnelle : avant de dimensionner une rédaction à partir des performances supposées de l’IA, Gisi devra montrer ce que devient réellement le travail sur un magazine entier.

À Gentilly, les prochains numéros 0 serviront ainsi à mesurer moins ce que DIGI sait faire seul que ce qu’il reste aux humains à faire derrière lui.

Sources consultées
  1. Tribunal judiciaire de CréteilOrdonnance de référé du 15 septembre 2026, CSE GISI c. société GISI
  2. AFP via TradingViewL'Usine nouvelle, LSA : la justice suspend un projet de suppressions de postes liées à l'IA
  3. Cour d'appel de Paris via Cour de cassationArrêt du 21 mai 2026, RG n°25/13234