
Six semaines après le passage du réseau Seine-Orly à Keolis, les salariés des dépôts d’Ivry et de Vitry ont fait grève les 10 et 11 septembre. Pour vendredi 11 septembre, Île-de-France Mobilités prévoyait huit lignes sans aucun service, la ligne 62 interrompue après 13 heures et seulement cinq ou six bus sur dix sur plusieurs autres lignes. Le T9 devait conserver huit rames sur dix. Il s’agit du plan de transport annoncé, pas d’un bilan consolidé des courses réellement assurées, qui n’a pas encore été publié.
Le conflit touche un vaste réseau. Depuis le 1er août, Keolis Grand Paris Seine Orly exploite 28 lignes de bus et le T9 sur un périmètre de 34 communes. Le contrat couvre quatre centres opérationnels, 431 véhicules, dont 22 rames de tramway, et 17,4 millions de kilomètres commerciaux par an. Environ 1,4 million d’habitants sont concernés. Le changement d’opérateur annoncé en juillet concernait donc bien davantage qu’un changement de logo sur les véhicules.
L’avis d’attribution fixe la valeur de l’offre de Keolis à 1,772 milliard d’euros, en euros 2024, sur la durée maximale de neuf ans. Ce montant inclut aussi des marges prévues pour d’éventuelles extensions du service.
Île-de-France Mobilités reste aux commandes du service public : elle fixe l’offre à produire, pilote notamment la billettique et le matériel roulant et impose des objectifs de qualité. Keolis doit faire circuler les bus et le tram demandés, gérer le personnel et assurer la maintenance. L’exploitation peut changer de mains à une date précise ; les roulements, les équipes et l’organisation d’un dépôt doivent, eux, continuer à fonctionner sans période blanche.
Le conflit s’est installé dans cette organisation quotidienne. La loi organise le transfert des contrats de travail vers le nouvel exploitant et protège la rémunération à durée de travail équivalente. Elle ne fige pas toute l’organisation du travail. La Ville de Vitry, qui soutient le mouvement, relaie des plaintes sur les charges de travail, le matériel et des plannings communiqués tardivement. Elle avance 500 grévistes le 10 septembre ; ce chiffre n’a pas fait l’objet d’un bilan indépendant. Fin août, Keolis parlait de son côté d’« ajustements opérationnels et sociaux ».
La transition n’était pourtant pas un angle mort de l’appel d’offres. La qualité du plan de transition et de continuité du service comptait pour 5 % dans les critères d’attribution. Île-de-France Mobilités avait aussi échelonné les bascules afin de laisser aux nouveaux opérateurs plusieurs mois de préparation. Le mouvement des 10 et 11 septembre ne permet donc pas, à lui seul, de dresser le bilan de l’ouverture à la concurrence. Il met en revanche à l’épreuve une promesse précise du contrat : changer d’exploitant sans dégrader durablement le service produit.
Après les piquets de grève d’Ivry et de Vitry, les indicateurs pertinents seront les courses réellement assurées, les kilomètres produits, la disponibilité des véhicules et la stabilisation des plannings. Pour les voyageurs, le résultat se mesurera plus simplement aux passages effectivement assurés aux arrêts.
Sources consultées
- Île-de-France MobilitésMouvement social : jeudi 10 septembre et vendredi 11 septembre 2026
- Île-de-France MobilitésÎle-de-France Mobilités désigne les opérateurs bus de quatre lots en petite couronne et d’un lot en grande couronne
- BOAMPAvis d’attribution de concession n° 25-104234, Seine-Orly, lot 47
- LégifranceLoi n° 2023-1270 du 27 décembre 2023 relative à l’ouverture à la concurrence du réseau de bus francilien de la RATP
- Ville de Vitry-sur-SeineLes salariés de Keolis en lutte
- Le ParisienMoins de bus, couacs sur la maintenance… À Ivry et Vitry, le passage chez Keolis se fait dans la douleur