
À Champigny-sur-Marne, Hermès Manufacture de Métaux veut faire tenir dans un seul bâtiment un parcours industriel aujourd’hui éclaté. Une barre de laiton pourra y être découpée, usinée, polie, recouverte de métal précieux puis assemblée jusqu’à devenir bouton, boucle ou bracelet. Le rapport d’enquête publique rendu fin juillet estime le dossier suffisamment complet pour permettre à la préfecture de statuer.
C’est ce regroupement qui donne son intérêt au projet. Les sites actuels du pôle francilien ne réalisent pas toutes les opérations et doivent faire circuler les pièces d’un atelier à l’autre. Dans la future usine de 8 000 m², Hermès prévoit au contraire d’enchaîner façonnage, polissage, traitement de surface et assemblage sous le même toit. Les lopins de laiton passeront notamment par des centres d’usinage à commande numérique pilotés à partir de programmes préparés par des programmeurs-régleurs.
Après l’usinage, certaines finitions restent manuelles, notamment le polissage qui donne aux petites pièces leur état de surface final. Puis vient une étape beaucoup moins visible dans l’univers du luxe : la galvanoplastie. Les pièces sont immergées successivement dans différents bains afin de déposer de l’argent, de l’or, de l’or rose ou du palladium. La future ligne doit être automatisée, tandis que la fabrication de certaines finitions en or rose nécessite des solutions contenant du cyanure.
Cette chimie explique aussi pourquoi le projet ne relève pas d’un simple permis de construire. Le site relève du régime des installations classées, notamment en raison de la présence de substances dangereuses et du traitement chimique des métaux. L’enquête a conduit Hermès à modifier son projet sur la sécurité incendie : l’entreprise a notamment abandonné une demande de dérogation concernant la structure de l’atelier d’usinage et retenu un matériau incombustible, avec un système d’extinction automatique prévu sur l’ensemble du bâtiment.
L’autre changement d’échelle concerne les équipes. Le site est dimensionné pour 299 personnes. Environ 150 salariés doivent venir du site de Cœuilly, dont la fermeture est prévue après le transfert, vers la mi-2029. Hermès prévoit ensuite environ 150 emplois supplémentaires au fil de la montée en charge. Pour les recrutements extérieurs, le dossier cite les formations techniques locales, l’UIMM et France Travail, avec une partie de la transmission des savoir-faire assurée en interne par les salariés expérimentés.
Une étape administrative reste cependant à franchir. Le commissaire enquêteur considère que le dossier permet désormais de préparer l’autorisation environnementale et précise que la DRIEAT doit encore donner son accord définitif. Au 3 septembre 2026, l’arrêté préfectoral final n’était pas encore publié. Le calendrier présenté dans le dossier vise un début des travaux en octobre 2026, pour une durée de 22 mois et une livraison en juin 2028.
Si ce calendrier tient, Champigny concentrera ainsi une chaîne singulière : centres d’usinage à commande numérique, polissage manuel et chimie des métaux précieux réunis pour faire passer, sur un même site, une barre de laiton jusqu’à la pièce finie.
Sources consultées
- Commissaire enquêteur Daniel TricoireEnquête publique relative à la demande d’autorisation environnementale présentée par Hermès Manufacture de Métaux
- Préfecture du Val-de-MarneProjet industriel porté par la société Hermès Manufacture de Métaux à Champigny-sur-Marne
- Ville de Champigny-sur-MarneProcès-verbal du Conseil municipal du 29 avril 2026