
Du 1er au 31 octobre, une enquête publique doit examiner le projet de géothermie profonde porté par la SEMMARIS. La recherche de la ressource géothermique couvre Rungis, Thiais, Chevilly-Larue, Paray-Vieille-Poste et Wissous ; les travaux miniers demandés, eux, seraient réalisés à Rungis. Le projet prévoit un doublet de forages dans la zone des Entrepôts du MIN et vise une mise en service avant fin 2028, sous réserve des autorisations.
Le paradoxe mérite qu’on s’y arrête : Rungis ne cherche pas à remplacer un réseau massivement alimenté au gaz. Dans les dernières données disponibles, celui-ci atteint déjà 97 % d’énergies renouvelables ou de récupération, principalement grâce à la chaleur produite par l’incinération des déchets de la RIVED. Le gaz sert surtout d’appoint et de secours.
Ce réseau est beaucoup plus vaste que quelques chaufferies du marché. Il représente une trentaine de kilomètres et environ 160 points de livraison. Il a produit 167 GWh de chaleur en 2024. Surtout, les canalisations ne s’arrêtent pas aux grilles du MIN : de la chaleur est également fournie à ADP, à la ville de Rungis, au SICUCV et à la zone Sénia.
La géothermie ajouterait une source de taille significative à cet ensemble. L’avis de concession publié au Journal officiel de l’Union européenne prévoit 56 à 70 GWh de chaleur par an, pour un investissement estimé à 25 millions d’euros, valeur janvier 2024. Il comprend les deux puits au Dogger, la centrale, des pompes à chaleur et les raccordements au réseau.
Pourquoi investir autant dans une nouvelle énergie renouvelable lorsque le réseau affiche déjà 97 % d’EnR&R ? La réponse figurait dès l’étude de faisabilité soutenue par la Région en 2022 : développer le réseau, exporter davantage de chaleur vers les réseaux voisins et tenir compte des politiques visant à réduire la quantité de déchets produite. La chaleur de l’incinération est une ressource utile, mais elle lie aussi une partie de l’approvisionnement énergétique à un flux que l’action publique cherche précisément à diminuer.
Selon l’avis de concession, moins de la moitié de la future chaleur géothermique serait consommée par le MIN. Le reste devrait être vendu à des réseaux voisins par le concessionnaire. Les 25 millions d’euros ne financeraient donc pas seulement le chauffage du marché : ils créeraient une nouvelle source pour un système qui alimente déjà plusieurs morceaux du sud francilien.
La géothermie profonde est déjà fortement implantée en Île-de-France, qui fournit 87 % de la production française dans cette filière. À Rungis, l’investissement ressemble ainsi moins à une opération de décarbonation qu’à une assurance contre la dépendance à une seule grande source de chaleur.
L’enquête d’octobre ne vaut pas autorisation. Les habitants peuvent consulter les modalités de l’enquête publique avant son ouverture. Si le projet franchit les étapes réglementaires, ses deux puits seront forés à Rungis, mais une bonne partie de leur chaleur est déjà destinée à circuler ailleurs.
Sources consultées
- Préfecture du Val-de-MarneGéothermie à Rungis : ouverture d’une enquête publique
- TED, Office des publications de l’Union européenneAvis 258525-2026 - Concession pour la conception, réalisation, financement et exploitation de la centrale géothermique du MIN de Rungis
- France Chaleur UrbaineMarché International de Rungis (9408C)
- Région Île-de-FranceÉtude de faisabilité géothermie profonde - SEMMARIS - Rungis
- DRIEAT Île-de-FranceComité régional de l’énergie : la géothermie profonde et les datacenters