
À Gustave Roussy, à Villejuif, OCLURANDOM, lancé en 2015, dispose désormais de ses résultats complets. Cette étude française sur une forme rare de tumeur neuroendocrine du pancréas a été publiée en juin dans The Lancet Oncology avec plus de six ans de suivi. L’institut annonce désormais qu’une nouvelle demande de remboursement du traitement étudié a été déposée.
Ce traitement, le lutétium-177 dotatate commercialisé sous le nom Lutathera, utilise une particularité de certaines cellules tumorales : elles portent des récepteurs auxquels peut se fixer une molécule transportant un isotope radioactif. L’irradiation est ainsi délivrée au voisinage de la tumeur. Cette radiothérapie interne vectorisée est déjà autorisée en Europe pour certaines tumeurs neuroendocrines gastro-entéro-pancréatiques, mais Gustave Roussy indique qu’elle n’est toujours pas remboursée en France dans l’indication pancréatique étudiée ici.
L’essai a été mené dans dix centres français auprès de 84 patients dont la maladie était métastatique et progressait malgré des traitements antérieurs. Quarante et un ont reçu le lutétium-177, 43 le sunitinib, une thérapie ciblée déjà utilisée dans cette situation. Après douze mois, 80,5 % des patients étaient en vie sans progression de la maladie dans le premier groupe, contre 41,9 % dans le second. La survie sans progression médiane atteignait 20,7 mois avec le lutétium, contre 11 mois avec le sunitinib.
L’étude ne permet cependant pas de présenter ces chiffres comme la démonstration statistique d’une supériorité du lutétium sur le sunitinib. Elle était randomisée, mais conçue comme un essai de phase II non comparatif : le groupe sunitinib servait de contrôle interne. La publication apporte en revanche un recul beaucoup plus long que lors de la présentation des premiers résultats en 2022. Les effets indésirables sévères ont concerné 44 % des patients sous lutétium contre 72 % sous sunitinib, et les mesures de qualité de vie pendant le traitement étaient également en faveur du lutétium. Des effets tardifs, notamment hématologiques, ont également été observés.
Cette nuance compte pour la suite. En 2022, la Haute Autorité de santé avait déjà jugé le service médical rendu par Lutathera « important » dans ces tumeurs pancréatiques et donné un avis favorable au remboursement. Elle lui avait toutefois attribué une ASMR V, soit aucune amélioration démontrée par rapport à la stratégie existante. Parmi ses motifs figurait précisément l’impossibilité de comparer formellement le traitement au sunitinib ou à l’évérolimus avec les données disponibles. La publication de 2026 apporte donc un contrôle randomisé que le dossier de 2022 n’avait pas, sans transformer l’essai en démonstration formelle de supériorité.
Gustave Roussy a été le promoteur de l’essai et réunit à Villejuif des équipes d’oncologie endocrinienne et de médecine nucléaire, avec les équipements nécessaires pour administrer des traitements utilisant des isotopes radioactifs. Cette combinaison permet de mener des essais dans des cancers où recruter quelques dizaines de patients demande déjà une coordination nationale.
Gustave Roussy indique avoir déposé une nouvelle demande de remboursement. L’institut ne précise ni sa date exacte ni son destinataire, et aucun nouvel avis public de la HAS sur Lutathera dans cette indication n’était identifiable au 28 août. L’équipe de Villejuif dispose désormais de données cliniques bien plus complètes qu’en 2022. La réponse à cette demande déterminera la prochaine étape.
Sources consultées
- Gustave RoussyFocus recherche – Anticorps-conjugués, médecine nucléaire… Quatre autres avancées à suivre
- The Lancet Oncology / ScienceDirect[177Lu]Lu-dota-tate versus sunitinib in patients with metastatic progressive neuroendocrine tumours of the pancreas (OCLURANDOM)
- Haute Autorité de santéLUTATHERA (177 Lutécium oxodotréotide) – TNE pancréatiques
- Base de données publique des médicamentsLUTATHERA 370 MBq/ml, solution pour perfusion