
À Rungis, 11,5 hectares de terres publiques attendent de nouveaux agriculteurs. Île-de-France Nature les propose en cinq lots, avec des candidatures ouvertes jusqu’au 30 octobre. Mais ces terres protégées depuis une décennie ne sont pas toutes exploitables de la même manière : 4,5 hectares disposeront d’une irrigation, les 7 autres devront s’en passer.
C’est toute la difficulté de Montjean. Le périmètre régional d’intervention foncière couvre 155 hectares entre Rungis et Wissous, dans le Val-de-Marne et l’Essonne. Île-de-France Nature y a acheté en 2016 quelque 25 hectares, dont 22 hectares agricoles, pour préserver leur vocation face aux pressions urbaines. Des maraîchers, le centre horticole de la Ville de Paris et un apiculteur occupent déjà une partie du site. Les 11,5 hectares aujourd’hui proposés doivent rejoindre les exploitations déjà présentes.
Avoir sauvé la terre de l’urbanisation ne suffit pourtant pas à faire une ferme. Au nord de la plaine, trois lots de 1,5 hectare se partageront 3 600 m³ d’eau d’irrigation par an, avec un plafond porté à 4 500 m³ en année sèche. Maraîchage, arboriculture ou horticulture peuvent y être envisagés. Au sud, les deux lots de 4 et 3 hectares devront accueillir des cultures fonctionnant sans irrigation. Une rigole gallo-romaine découverte sous ces parcelles impose une autre contrainte : pour les vignes ou les arbres, piquets et ouvrages ne devront pas descendre au-delà de 50 cm.
L’eau explique aussi pourquoi les installations seront échelonnées. Les projets sans irrigation pourront démarrer début 2027, ceux qui en dépendent plutôt à la fin de l’année. Le dispositif repose sur un bassin destiné à récupérer notamment l’eau des toitures des serres du centre horticole parisien. Un forage réalisé en septembre 2025, avec un débit annoncé de 1,1 m³ par heure, doit compléter ponctuellement cette réserve en période sèche. Un arrêté préfectoral du 27 juin 2026 a autorisé les ouvrages liés à cette valorisation de l’eau pluviale et à l’exploitation agricole de la plaine.
Cette ressource devra surtout être gérée à plusieurs. Île-de-France Nature prévoit un accord entre les irrigants pour répartir les quotas, entretenir le matériel et organiser les tours d’eau estivaux. La mutualisation doit également concerner une partie des bâtiments de travail ; la Ville de Rungis envisage de mettre à disposition un local de vente et de stockage ainsi que du matériel, après avoir déjà fourni un tracteur.
Le recensement agricole de 2020 ne comptait que 41 exploitations ayant leur siège dans le Val-de-Marne. À Montjean, la collectivité dispose du foncier, mais doit encore organiser l’eau, les accès, les bâtiments et la coexistence entre exploitants pour que de nouvelles fermes puissent réellement fonctionner.
Les terres seront louées par bail rural de neuf ans. Les nouvelles installations seront prioritaires sur les simples agrandissements, et l’adéquation entre les besoins en eau du projet et la ressource disponible fera partie des critères d’attribution. Les porteurs de projet peuvent consulter le dossier de candidature d’Île-de-France Nature avant le 30 octobre. À Montjean, le choix est déjà inscrit dans le paysage : trois petites parcelles avec une eau partagée, deux plus grandes où il faudra cultiver sans irrigation.