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À Cachan, Belle-Image, le gymnase des « 1 000 »

Le 17 août 2006, l’évacuation du bâtiment F conduit des familles au gymnase Belle-Image. Vingt ans après, dessins et souvenirs racontent sept semaines qui ont marqué Cachan.

Illustration - Gymnase Belle-Image à Cachan

Au 24, rue des Deux-Frères, Belle-Image est aujourd’hui un gymnase où l’on pratique notamment la danse et la capoeira. Il y a vingt ans, pendant plusieurs semaines, les tapis de sport avaient laissé la place aux matelas, aux valises et aux sacs de familles évacuées du bâtiment F de la cité universitaire de Cachan.

L’évacuation a lieu le 17 août 2006, après plusieurs années d’occupation du bâtiment. Une partie des anciens occupants refuse les hébergements dispersés proposés après l’opération et se regroupe à Belle-Image. Quelques jours plus tard, Le Monde décrit des femmes et des enfants installés sur des matelas, les bagages tassés dans les coins pour dégager des passages, des enfants lavés dans les douches des vestiaires. Le nombre exact de personnes concernées varie fortement selon les sources et les moments. Le surnom des « 1 000 de Cachan », lui, est resté.

Très vite, l’hébergement mobilise aussi la ville. Le maire Jean-Yves Le Bouillonnec met l’équipement à disposition. Le conseil général du Val-de-Marne fait livrer des repas. Un appel conservé par le doyenné Val-de-Bièvre montre une solidarité plus discrète : le paiement d’un garde-meuble arrivant à son terme, il demande à des Cachanais de conserver temporairement les affaires des familles. L’idée est simple, une famille de la ville pour une famille du gymnase. Une vingtaine de foyers avaient déjà répondu.

Belle-Image devient en même temps un lieu de bras de fer politique. Élus, associations et personnalités s’y rendent, tandis que l’hébergement et la situation administrative des occupants alimentent les débats jusqu’au Parlement. Début octobre, un accord organise la sortie progressive du gymnase et l’examen des situations individuelles. France Terre d’Asile poursuit ensuite pendant plusieurs années l’accompagnement juridique et le relogement d’anciens occupants.

L’illustratrice Pascale Bougeault vient alors aider les familles. Elle propose aux femmes qui le souhaitent de les dessiner. Coiffures, maquillage, vêtements choisis pour le portrait : ses croquis tranchent avec les images de foule et de policiers qui dominent alors l’actualité.

Ces dessins ont circulé sous le titre Les reines du gymnase. En mai 2026, Félis Éditions les a réunis dans un petit livre de 36 pages. L’ouvrage raconte aussi les retrouvailles de Pascale Bougeault avec certaines de ces femmes, vingt ans après, à l’occasion d’une exposition à Arcueil.

Pendant quelques semaines, une crise nationale du logement et de l’immigration a ainsi pris à Belle-Image la forme très matérielle d’un gymnase trop plein, de repas à distribuer et d’affaires qu’il fallait mettre quelque part. Aujourd’hui, danseurs et capoeiristes ont repris possession des salles du 24, rue des Deux-Frères. Les portraits des « Reines du gymnase », eux, ont recommencé à circuler.

Sources consultées
  1. Ville de CachanGymnase Belle Image
  2. SénatSéance du 13 septembre 2006
  3. Le MondeLes ex-squatters de Cachan s’organisent pour obtenir un relogement définitif
  4. France Terre d’AsileRapport d’activité 2009, « La cellule insertion Cachan »
  5. Félis ÉditionsLes reines du gymnase