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À Bonneuil, les terres de chantier doivent devenir des granulats

Au port de Bonneuil, Cemex a installé une plateforme capable de traiter jusqu’à 200 000 tonnes de terres par an pour produire de nouveaux matériaux de construction.

Au port de Bonneuil-sur-Marne, des terres sorties des chantiers franciliens doivent bientôt pouvoir revenir dans la construction sous forme de sable et de gravillons. Cemex y a inauguré le 18 juin une plateforme de 10 000 m², destinée à ouvrir commercialement en septembre, après 10 millions d’euros d’investissement.

L’installation ne se contente pas de stocker les déblais. Les terres inertes sont caractérisées, puis lavées, criblées et séparées selon la taille des grains. Cemex annonce une capacité de 80 à 120 tonnes par heure, jusqu’à 200 000 tonnes par an. Son objectif est d’en tirer 70 % de matériaux recyclés destinés au béton ou aux travaux publics, les 30 % restants étant orientés vers le remblaiement de carrières.

Le changement se joue donc moins dans la quantité de terre prise en charge que dans ce qu’elle peut devenir. En 2022, 19,9 millions de tonnes de terres excavées ont été gérées en Île-de-France. Même à pleine capacité, Bonneuil n’en absorberait qu’environ 1 %. Son intérêt est de permettre à une partie de ces terres d’être réutilisée plutôt que d’aller au remblaiement de carrières.

Les débouchés potentiels se trouvent tout près. Selon le schéma régional des carrières, 61 % des granulats utilisés pour les bétons hydrauliques franciliens provenaient encore de l’extérieur de la région en 2018. Bonneuil rapproche ainsi un important flux de déblais d’une industrie qui consomme sables et gravillons. Le port peut recevoir et expédier ces matériaux par la route, le rail ou la voie d’eau. Cemex prévoit de privilégier le fluvial pour une partie des entrées et des sorties, sans publier encore leur répartition entre les différents modes de transport.

Le Grand Paris Express fournit déjà un cas d’usage. Le groupement Eiffage Génie Civil, Veolia et Cemex doit gérer près de 7,5 millions de tonnes de terres provenant des lots Nord et Sud de la ligne 15 Est entre 2024 et 2029. Cemex indique qu’une partie de ces déblais doit passer par Bonneuil pour être transformée en sables, sablons et gravillons, puis réinjectée dans ses centrales à béton franciliennes. Une terre extraite pour construire le métro peut ainsi fournir une partie des matériaux d’autres chantiers de la métropole.

Dans le Val-de-Marne, cette logique complète le travail de réemploi et de prototypage déjà observé à Vitry et Ivry, mais à une autre échelle. À Bonneuil, la difficulté est industrielle : obtenir, à partir de terres variables, des sables et gravillons propres et calibrés de façon assez régulière pour être acceptés sur les chantiers.

Les 200 000 tonnes annuelles et le taux de 70 % de matériaux recyclés restent des capacités et objectifs annoncés, pas des résultats d’exploitation. À partir de l’ouverture commerciale prévue en septembre, le chiffre décisif sera celui des tonnes effectivement transformées à Bonneuil puis vendues pour repartir sur les chantiers.

Sources consultées
  1. Cemex FranceCemex inaugure une nouvelle plateforme de recyclage et de valorisation de matériaux dans le port de Bonneuil-sur-Marne
  2. Cemex FranceGrand Paris Express : Cemex et ses partenaires gèrent les déblais de la ligne 15 Est et fournissent des bétons pour la ligne 15 Ouest Nord
  3. HAROPA PORTBonneuil-sur-Marne : une nouvelle plateforme pour accélérer l'économie circulaire
  4. Institut Paris Region / ORDIFLes déchets inertes en Île-de-France, données 2022
  5. DRIEAT Île-de-FranceSchéma régional des carrières d’Île-de-France