À Gustave Roussy, à Villejuif, le Pr Éric Vivier reçoit le William B. Coley Award 2026, l’une des distinctions internationales de référence en immunologie du cancer. Le prix récompense ses travaux sur les cellules natural killer, ou NK, ces cellules de l’immunité innée capables de repérer et détruire certaines cellules anormales, dont des cellules tumorales.
L’intérêt du sujet tient à ce que l’immunothérapie contre le cancer ne se limite plus aux lymphocytes T, au premier plan ces dernières années avec les inhibiteurs de points de contrôle et les cellules CAR-T. Ces approches ont changé le traitement de plusieurs cancers, mais leurs effets restent inégaux selon les patients et les tumeurs. Les cellules NK ouvrent une autre piste : elles peuvent agir vite, reconnaître des cellules en détresse et participer à l’activation d’autres réponses immunitaires.
Le Cancer Research Institute distingue Éric Vivier pour avoir contribué à faire entrer cette immunité innée dans la recherche anticancer. Ses travaux ont aussi nourri des développements industriels, notamment avec Innate Pharma, biotech dont il est cofondateur. Le prix récompense la science qui prépare ces futurs traitements : comprendre quels récepteurs activer, comment orienter les cellules NK vers une tumeur, comment éviter que le microenvironnement tumoral les épuise ou les neutralise.
À Villejuif, la Chaire cellules natural killer de la Fondation Gustave Roussy, dirigée par Éric Vivier, donne un cadre à cette piste. Elle vise à explorer le potentiel thérapeutique des cellules NK, à amplifier leur activité antitumorale et à mieux exploiter leur dialogue avec les macrophages et les lymphocytes T. Après Nano-BITE, autre piste d’immunothérapie suivie à Gustave Roussy, le centre travaille plusieurs façons de rendre les tumeurs plus accessibles à l’action du système immunitaire.
La difficulté est loin d’être théorique. Les stratégies fondées sur les cellules NK avancent déjà sous plusieurs formes, des anticorps capables de rapprocher ces cellules des cellules cancéreuses aux cellules NK activées ou modifiées. Mais un traitement efficace doit tenir dans le corps, atteindre la tumeur, y rester actif et produire un effet mesurable sans déclencher une toxicité excessive. C’est souvent dans cette zone, entre mécanisme biologique prometteur et essai clinique convaincant, que les innovations en cancérologie gagnent ou perdent leur portée.
Gustave Roussy veut justement organiser ce passage. Le Paris-Saclay Cancer Cluster, présidé par Éric Vivier, rapproche chercheurs, cliniciens, industriels et plateformes technologiques autour de l’oncologie. Le nouveau bâtiment de recherche de l’institut, annoncé pour fin 2027, doit accueillir 60 équipes et 12 plateformes sur 32 000 m², avec des équipements consacrés notamment à la data-analyse, aux organoïdes et aux cellules circulantes rares.
Le prix Coley ne change donc pas, à lui seul, le parcours d’un patient val-de-marnais. Il éclaire une compétence que Gustave Roussy cherche à installer dans la durée : transformer une connaissance fine de l’immunité innée en traitements testables, avec les équipes et plateformes de Villejuif.
Sources consultées
- Gustave RoussyLe Pr Éric Vivier reçoit le William B. Coley Award 2026
- Cancer Research InstituteCancer Research Institute Announces 2026 Recipients of Highest Scientific Honors in Cancer Immunotherapy
- Gustave RoussyTrois premières chaires d’excellence de la Fondation Gustave Roussy pour la recherche en oncologie
- NatureNatural killer cell therapies
- Gustave RoussyLe président de la République pose la première pierre du nouveau bâtiment de recherche de Gustave Roussy