Un avis de marché publié pour l’UPEC matérialise CRITISC, une plateforme dédiée aux instruments spatiaux et aux CubeSats dans le bâtiment P du campus centre de Créteil. Le sujet n’est pas le lancement spectaculaire d’un satellite val-de-marnais, mais une étape moins visible: créer l’endroit où un petit objet spatial devient assez propre, assez testé et assez fiable pour être envoyé en orbite.
Les CubeSats ont rendu le spatial plus accessible aux universités. Le standard tient dans des cubes de 10 cm de côté, et le CNES rappelle que les nanosatellites de Nanolab Academy pèsent de 1 à 15 kg. Cela ne transforme pas pour autant un satellite en projet de garage. Même miniaturisé, il faut l’assembler dans un environnement contrôlé, vérifier sa tenue aux vibrations du lancement, simuler le vide et les écarts de température, tester ses systèmes de contrôle. Le spatial commence souvent loin de la fusée, dans des salles blanches et des bancs d’essai.
Créteil veut renforcer ce maillon. La plateforme CRITISC, pour Conception, Réalisation, Intégration et Tests d’Instrumentations Spatiales et CubeSats, doit occuper plus de 200 m². L’UPEC annonce des salles propres ISO 7 et ISO 5 pour le lavage, l’intégration, les tests et l’observation. Elle prévoit aussi une cuve à vide thermique de 1,5 m³ utile, capable de descendre sous 10⁻⁶ mbar et de travailler de -60 °C à +60 °C. À terme, un pot vibrant doit permettre la qualification mécanique de structures et de nanosatellites jusqu’à 30 kg.
L’intérêt local tient au mélange des compétences. Le Campus spatial UPEC fait déjà travailler des étudiants sur de vrais objets spatiaux, avec le CNES, des laboratoires et des industriels. Le CubeSat OGMS-SA, issu de l’UPEC, figure dans le calendrier 2025 de lancement de Nanolab Academy. L’université porte aussi un master international en systèmes satellitaires et applications avec la Cape Peninsula University of Technology, en Afrique du Sud.
CRITISC ajoute une spécialité moins connue mais décisive: le contrôle des contaminations. L’UPEC présente la plateforme comme adossée à PRAMMICS, sa plateforme régionale d’analyse des micro-contaminants dans l’air, l’eau et les sols, capable de travailler sur des traces organiques, minérales et biologiques. Pour des instruments destinés à des missions d’exploration, cette exigence n’a rien d’accessoire. Une poussière, un résidu chimique ou une contamination biologique peuvent brouiller une mesure ou compliquer les exigences de protection planétaire.
Le projet reste une infrastructure en construction. Le calendrier publié par le Campus spatial prévoit des travaux en 2026-2027, puis une mise en service complète en 2028. Le marché ne précise pas encore, dans les éléments consultés, le coût définitif ni les futurs utilisateurs externes.
Le changement d’échelle est visible: à Créteil, l’UPEC ne se contente pas d’enseigner le spatial ou de raconter les CubeSats comme objets pédagogiques. Elle prépare les locaux, les procédures et les instruments qui permettent de passer du prototype étudiant au petit satellite qualifié. C’est discret, technique, presque invisible depuis la rue. C’est pourtant précisément là, dans le bâtiment P du campus centre, qu’une partie du spatial universitaire se joue.
Sources consultées
- BOAMPCréation d’une plateforme de Conception, Réalisation, Intégration et Test d’Instrumentations Spatiales et Cubesats (CRITISC) dans le bâtiment P du Campus Centre de Créteil
- Campus Spatial UPECCRITISC
- Campus Spatial UPECSalle propre
- Campus Spatial UPECCuve thermique
- CNESNanolab Academy
- OSU-EFLUVE / UPECPRAMMICS, Plateforme Régionale d’Analyse Multi-Milieux des MIcro-ContaminantS