Le Marché international de Rungis a renouvelé en 2026 son partenariat avec l’INRAE, l’institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Derrière l’accord institutionnel, une question très pratique apparaît : quelles variétés de fruits et légumes pourront tenir le climat, le goût, le transport et les calendriers commerciaux ?
Pour le Val-de-Marne, Rungis n’est pas seulement un grand marché professionnel aux portes de Paris. En 2024, il a réuni 1 214 entreprises, 13 063 employés, 6,2 millions d’entrées et un chiffre d’affaires annoncé à 12,047 milliards d’euros. Les arrivages alimentaires et horticoles sur le marché physique ont atteint près de 2,9 millions de tonnes hors transit. À cette taille, la résilience alimentaire n’est pas une formule. Elle concerne les produits capables d’arriver, de se conserver, de se vendre et de circuler.
Le partenariat Rungis-INRAE, déjà présenté par La Clé Publique en avril, prend ici une forme plus précise : rapprocher la recherche variétale de ceux qui connaissent la demande réelle du marché. Une première rencontre a eu lieu le 10 juillet 2025 à Rungis avec une vingtaine d’opérateurs de la filière fruits et légumes. Leurs sujets n’étaient pas abstraits : le goût, une diversité plus forte dans certaines catégories, une présence plus longue de produits français dans le calendrier de commercialisation.
Les collections de l’INRAE donnent à cette discussion un relief concret. L’institut conserve, selon la brochure commune avec Rungis, près de 230 000 accessions d’espèces cultivées ou apparentées en France, dans 16 centres de ressources biologiques. Pommes de terre, tomates, ail, échalotes, pommes, poires, agrumes : ces ressources servent à préserver de la diversité, mais aussi à nourrir la création de variétés mieux adaptées aux maladies, à la sécheresse, aux températures, à la conservation ou aux attentes de goût.
Le rôle de Rungis n’est pas de devenir un centre de sélection végétale. Il est plus simple, et peut-être plus utile : faire remonter aux chercheurs ce que le marché voit avant beaucoup d’autres. Une variété n’existe pas seulement dans un catalogue. Elle doit pousser, être récoltée, supporter le transport, arriver à temps, plaire aux acheteurs, garder une qualité suffisante et trouver son prix. Entre un laboratoire et un pavillon de gros, il y a toute cette chaîne.
Le contexte donne aussi du poids au mouvement. En avril 2026, un décret a approuvé le cahier des charges de la Semmaris, qui gère le MIN sous contrôle étroit de l’État. Ce texte chiffre à environ 550 millions d’euros les investissements nécessaires au projet Agoralim. En mai, un autre décret a soumis la Semmaris au contrôle économique et financier de l’État. Rungis agit comme une entreprise, mais l’État continue de le traiter comme une infrastructure alimentaire.
Le partenariat avec l’INRAE montre donc une dépendance moins visible que les camions, les quais ou la chaîne du froid. Pour que les pavillons de fruits et légumes restent pleins, il faut aussi que les variétés suivent le climat, les producteurs, les grossistes et les assiettes. Une partie de cette discussion se tient désormais à Rungis, avant d’arriver sur les étals.
Sources consultées
- Marché International de Rungis / INRAEVers un système alimentaire plus résilient
- SEMMARISRapport annuel 2024, Terre de souveraineté alimentaire
- LégifranceDécret n° 2026-241 du 1er avril 2026 portant sur l’approbation d’un cahier des charges en application du contrôle étroit de l’État sur la SEMMARIS
- LégifranceDécret n° 2026-382 du 18 mai 2026 portant soumission de la SEMMARIS au contrôle économique et financier de l’État