Dans un collège val-de-marnais, une élève peut désormais trouver une protection périodique sans passer par le bureau d’un adulte. Ailleurs, un bus santé entre dans la cour pour parler d’écrans, de consentement, de micro-violences ou d’estime de soi.
À première vue, cela tient à peu de choses: la prévention devient accessible dans la journée normale d’un collégien, entre deux cours, sans rendez-vous ni grand discours.
Depuis janvier 2022, le Département du Val-de-Marne installe des distributeurs gratuits de protections périodiques dans les collèges. Lancé dans 11 établissements volontaires, le dispositif concerne désormais 97 collèges, sur 108 collèges publics dans le département. Ce n’est donc plus une expérimentation de coin de couloir, mais un équipement presque généralisé.
Sa force est de ne presque rien demander à l’élève. Pas besoin d’expliquer un oubli, une gêne ou un besoin urgent à la vie scolaire. On prend une protection, on retourne en cours. D’après le Département, 7 filles sur 10 interrogées estimaient aussi que le dispositif les aidait à parler plus facilement des règles, avec leur famille, leurs pairs ou les adultes du collège.
Le même principe guide le bus prévention santé. Chaque année, il passe dans une quarantaine de collèges et touche plus de 4 000 adolescents. Pour l’année scolaire 2025-2026, les thèmes annoncés disent assez bien ce qui traverse l’adolescence: écrans, consentement, micro-violences, hygiène de vie, sexualité, pornographie, effet de groupe, addictions.
À Créteil, au collège Clément-Guyard, des élèves de 3e ont travaillé en demi-groupes sur la santé, le regard des autres, les relations amoureuses et le consentement. L’un d’eux a retenu qu’il faut demander le consentement « même pour se tenir la main ». La phrase est simple, presque désarmante. Elle montre aussi le bon niveau d’intervention: celui où une idée abstraite devient une question de gestes ordinaires.
Une étude francilienne du Centre Hubertine Auclert aide à comprendre pourquoi ces formats comptent. Menée auprès de 3 828 élèves de collèges et lycées, elle montre que les violences de genre circulent à la fois dans l’établissement et en ligne. Surtout, seuls 13 % des victimes disent se tourner vers un adulte de l’établissement. Le problème n’est donc pas seulement de faire passer un message. Il est de créer un endroit où un adolescent ose poser la question.
Dans le Val-de-Marne, une partie de la prévention se joue ainsi à l’intérieur même du collège: un objet disponible, un adulte à qui parler, un groupe assez petit pour lever la main. C’est modeste, concret, et parfois suffisant pour éviter qu’une question de règles, d’écran ou de consentement ne reste seule au fond du sac.