Dans un local poubelle, le bac jaune a souvent l’air de dire: “faites de votre mieux”. Un carton de livraison dépasse, un sac fermé cache son contenu, une barquette est coincée dans une autre, un objet en plastique s’est glissé avec les emballages. Tout cela ressemble à du tri. Une partie n’en est pas.
Paris Est Marne & Bois a publié, le 13 mai, un point sur ces erreurs très ordinaires. Le territoire, qui va de Charenton-le-Pont à Champigny-sur-Marne, de Fontenay-sous-Bois à Saint-Maur-des-Fossés, constate pourtant une vraie progression: les quantités d’emballages et de papiers collectés ont augmenté de 16 % entre 2017 et 2024, notamment depuis l’extension des consignes à tous les emballages plastiques.
Mais le bac jaune reste fragile. La collecte atteint 43 kg par habitant et par an, et le taux de refus de tri varie encore entre 20 et 25 %. En clair, une part importante de ce qui arrive dans la benne n’aurait pas dû s’y trouver, ou pas sous cette forme.
Les erreurs les plus pénalisantes ne sont pas toujours les plus spectaculaires. Les emballages doivent être jetés en vrac, pas dans un sac fermé. Ils ne doivent pas être imbriqués les uns dans les autres. Il faut les vider, sans les laver. Et le mot “plastique” ne suffit pas: une bouteille va dans le bac jaune, un jouet ou une brosse à dents non.
Quand le tri est trop mauvais, une partie du flux repart vers l’incinération. Ce n’est pas une question de perfection écologique, plutôt de mécanique collective. Une erreur isolée ne dit pas grand-chose. La même erreur répétée à l’échelle d’une résidence, puis d’un quartier, finit par faire perdre du temps, de la matière et de l’argent.
Le territoire mise donc sur de la pédagogie plus proche du terrain: nouvelles affiches pour les locaux poubelles, campagne de sensibilisation numérique, rappels de consignes. Il prévoit aussi d’utiliser des caméras installées sur les véhicules de collecte sélective pour repérer les adresses où les erreurs reviennent souvent, puis y mener des actions ciblées.
L’idée est simple: ne plus parler seulement à “tous les habitants” en général, mais revenir là où la consigne ne passe pas. Dans un immeuble, ce peut être une affiche plus lisible. Dans une copropriété, un rappel au bon moment. Dans une résidence, une explication sur ce fameux sac fermé qui, dans le bac jaune, fait plus de dégâts qu’il n’en a l’air.
L’Observatoire régional des déchets relevait encore, en Île-de-France, un taux de refus élevé dans la collecte sélective. L’est du Val-de-Marne n’est donc pas une anomalie. Il montre surtout que le tri avance quand la règle devient praticable: en vrac, au bon endroit, sans transformer le local poubelle en examen surprise.