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Au Kremlin-Bicêtre, un réseau de géothermie se prépare sous les rues

Le Sipperec prépare une concession de 32 ans pour créer un réseau de chaleur géothermique au Kremlin-Bicêtre.

Réseau de chaleur géothermique urbain

Au Kremlin-Bicêtre, la prochaine infrastructure publique pourrait se voir d’abord sur les trottoirs: tranchées ouvertes, canalisations posées sous la chaussée, sous-stations installées au pied des immeubles. L’objectif, lui, est plus discret: faire circuler de la chaleur venue du sous-sol pour chauffer des logements, des équipements publics, des bureaux, des copropriétés et des programmes neufs.

Le Sipperec, syndicat public d’énergie en Île-de-France, prépare une délégation de service public pour créer et exploiter ce futur réseau de chaleur géothermique. La consultation court jusqu’au 1er juillet 2026 et porte sur une concession de 384 mois, soit trente-deux ans. L’opérateur retenu devra concevoir, financer, construire puis faire fonctionner le réseau. Le contrat engagera donc la ville bien au-delà du chantier initial.

Le principe repose sur un doublet géothermal: un puits pour remonter l’eau chaude du Dogger, une nappe profonde bien connue en Île-de-France, puis un second pour la réinjecter après usage. La chaleur serait distribuée par un réseau enterré, complétée par une pompe à chaleur et par un appoint au gaz pour les pointes de consommation et la sécurité du service.

L’étude de faisabilité donne la mesure du projet. Dans son scénario principal, elle identifie près de 48 GWh de besoins annuels à l’horizon 2030, environ 5 000 équivalents logements raccordables, 72 sous-stations et près de 9,7 km de réseau. L’investissement prévisionnel était évalué entre 45,2 et 52,2 millions d’euros selon les variantes.

Ces chiffres ne disent pas tout. Pour les habitants, le sujet se jouera dans les rues concernées, les immeubles effectivement raccordés, le calendrier des travaux et les charges de chauffage. Le projet vise plus de 65 % d’énergies renouvelables dans la chaleur livrée. Ce seuil peut avoir un effet concret, notamment parce que les réseaux alimentés à plus de 50 % par des énergies renouvelables ou de récupération peuvent bénéficier d’une TVA réduite sur la chaleur fournie.

La géothermie ne règle pas à elle seule la question du prix. Au lieu de dépendre presque entièrement du gaz ou d’autres énergies exposées aux variations de marché, une partie de la chaleur viendrait d’une ressource locale, stable, déjà utilisée ailleurs dans le Val-de-Marne. Reste à connaître le tarif réel, les clauses d’indexation, le coût des raccordements et la part que chaque type d’abonné devra porter.

Le périmètre sera décisif. L’étude plaçait d’abord dans le viseur des bailleurs, des équipements publics, du résidentiel neuf, du tertiaire et des copropriétés. Elle précisait aussi que l’hôpital Bicêtre, pourtant central dans le paysage local, ne figurait pas dans le cœur du projet étudié, car il est déjà raccordé au réseau parisien de chaleur.

Tout l’enjeu est là: la géothermie ne se résumera pas à une promesse verte. Elle prendra la forme d’un tracé, d’un contrat, d’un chantier, puis d’une ligne sur les charges. Pour les Kremlinois, la vraie question commence maintenant: où passera le réseau, qui sera raccordé en premier et ce que cette chaleur souterraine changera, concrètement, dans les immeubles.