Dans une salle de formation, la protection de l’enfance peut tenir à une question mieux posée. Comment écouter un enfant sans le brusquer? Quand une inquiétude devient-elle une alerte? Que faire d’un silence, d’un récit confus, d’un parent qui ne tient plus?
Le Conseil départemental du Val-de-Marne vient de publier un marché pour des formations médico-psycho-sociales et éducatives sur le thème « Protéger l’enfant et la famille ». Il est prévu pour deux ans. Il porte sur six sujets: ateliers d’expression, réseaux sociaux, détection et signalement de l’enfance en danger, inceste, violences intrafamiliales, recueil de la parole de l’enfant.
Le montant estimé, 57 500 euros hors taxes pour la période initiale, place cette commande loin des grands chantiers visibles. Il s’agit d’heures de formation, commandées selon les besoins. C’est peu spectaculaire, mais très concret: former des professionnels à repérer, écouter, qualifier une situation et orienter sans perdre de temps.
Dans le Val-de-Marne, cette commande arrive dans un contexte de forte sollicitation. Le rapport d’activité 2024 du Département fait état de 5 950 informations préoccupantes reçues par la cellule chargée d’analyser les alertes concernant des enfants en danger ou en risque de l’être, soit une hausse de 9,7 %. Le même document compte 5 793 enfants avec une mesure d’aide sociale à l’enfance, en hausse de 10,5 %, et 3 443 mineurs ou jeunes majeurs accueillis dans un dispositif d’hébergement, en hausse de 15,3 %.
Ces chiffres ne racontent pas les familles une par une. Ils disent autre chose: davantage d’alertes à examiner, davantage d’enfants suivis, davantage de situations à stabiliser. Dans ce travail, le premier repérage compte. Une alerte trop vague se perd. Une parole mal recueillie peut se refermer. Une situation mal comprise peut attendre alors qu’elle devrait circuler vite entre les bons interlocuteurs.
Le choix des thèmes de formation est donc parlant. Les réseaux sociaux rappellent que les risques familiaux et éducatifs ne s’arrêtent pas à la porte du domicile. L’inceste et les violences intrafamiliales exigent des professionnels capables d’entendre sans projeter, de signaler sans improviser. Le recueil de la parole de l’enfant, lui, oblige à ralentir au moment même où les services sont sous pression.
Cette commande prolonge une orientation déjà affichée par le Département: intervenir plus tôt et mieux faire circuler les alertes entre ceux qui voient les enfants au quotidien. Le contrat départemental de prévention et de protection de l’enfance 2025-2027 prévoit notamment des commissions locales de prévention, ouvertes progressivement aux écoles, services municipaux, lieux d’accueil du jeune enfant, services de soins et associations.
La protection de l’enfance ne se joue donc pas dans un seul bureau. Elle passe par une crèche, une école, une maison des solidarités, un service de santé, une association, parfois un juge. Le Département reste l’acteur central, mais l’efficacité dépend aussi de la manière dont ces professionnels se parlent, se comprennent et transmettent les bonnes informations.
La tension n’est pas seulement locale. Fin 2024, la Drees comptait 392 600 mineurs et jeunes de moins de 21 ans bénéficiant d’au moins une mesure d’aide sociale à l’enfance en France. Le Sénat a aussi souligné les difficultés du secteur: hausse des besoins, coordination fragile, métiers en tension.
Le marché val-de-marnais ne règle pas ces problèmes. Il montre une chose plus simple, et peut-être plus utile: protéger un enfant commence souvent avant la décision officielle. Par une alerte mieux comprise, une question posée au bon moment, une parole que l’adulte sait recevoir.