À Créteil, le débat tient parfois sur une ligne de facture: 2 895 euros en licence, 3 941 euros en master. C’est le montant des droits d’inscription différenciés que peuvent devoir payer certains étudiants venus d’un pays hors Union européenne, hors Espace économique européen, Suisse ou Québec.
À l’UPEC, pourtant, ce tarif est aujourd’hui très largement amorti par les règles d’exonération. En 2024-2025, l’université comptait 4 800 étudiants d’une nationalité relevant théoriquement de ces droits différenciés. Une grande partie n’y était pas soumise, ou en était exonérée. Au bout du compte, selon un point présenté en conseil d’administration, seuls environ 80 étudiants sur les 40 000 de l’université les payaient effectivement.
C’est ce fragile réglage que le projet de décret vient bousculer. L’Université Paris-Est Créteil a publié le 4 mai une prise de position très ferme contre un texte qui, selon elle, restreindrait fortement les possibilités d’exonérer les étudiants internationaux concernés. Le ministère, lui, présente cette évolution comme une manière de rendre l’application des droits différenciés plus cohérente à partir de la rentrée de septembre 2026, tout en laissant aux établissements une marge d’exonération pour certaines situations individuelles, dans la limite de 10 % des étudiants assujettis.
La question n’est donc pas seulement le montant affiché. Elle est de savoir qui garde la main sur les exceptions.
À Créteil, cela compte. L’UPEC revendique environ 40 000 étudiants, dont près de 10 % viennent de plus de 120 pays. Pour le Val-de-Marne, elle est un grand lieu d’arrivée, de formation, de recherche et de mobilité sociale. Pour beaucoup d’étudiants étrangers, elle peut être une porte d’entrée vers les études en France sans passer par les établissements les plus visibles de la capitale.
La mécanique actuelle est assez précise. Parmi les 4 800 étudiants identifiés à l’UPEC comme relevant, par leur nationalité, des droits différenciés, 2 666 n’étaient pas assujettis, par exemple parce qu’ils étaient doctorants, domiciliés fiscalement en France depuis au moins deux ans ou en apprentissage. Environ 1 300 étaient assujettis mais exonérés pour une raison indépendante de l’université. D’autres l’étaient par la politique de l’établissement, notamment en master.
La mécanique est technique, mais son effet est simple: entre un étudiant accepté dans une formation et un étudiant réellement inscrit, il y a parfois un seuil financier.
Les frais d’inscription n’arrivent pas seuls. Depuis le 1er mai 2026, le tarif minoré du timbre fiscal pour certains titres de séjour, dont les titres étudiants, passe de 75 à 150 euros en première délivrance. À partir du 1er juillet 2026, les étudiants internationaux extra-communautaires non boursiers ne doivent plus être éligibles à l’aide personnalisée au logement. Dans les premières semaines d’installation, ces montants s’ajoutent au logement, aux transports, à la nourriture, à la sécurité sociale, aux démarches et parfois à la recherche d’un petit boulot.
Le gouvernement défend une autre lecture. Les droits différenciés, créés dans le cadre de la stratégie Bienvenue en France, doivent selon lui être appliqués de façon plus lisible et contribuer à financer un meilleur accueil: guichets dédiés, accompagnement, formations en anglais, services plus clairs pour les étudiants internationaux. L’argument existe, surtout dans un pays qui veut rester attractif dans une compétition mondiale pour les étudiants, les chercheurs et les compétences.
Mais l’exemple de l’UPEC montre le point sensible. Si une université de territoire ne peut plus exonérer largement, son attractivité ne dépend plus seulement de ses formations, de ses enseignants ou de ses liens internationaux. Elle dépend aussi d’un seuil financier que tous les étudiants admis ne pourront pas franchir.
À Créteil, le débat sur les droits différenciés tient donc à cela: une université peut accepter un étudiant, mais le prix d’entrée peut encore décider à sa place.