Entre les clôtures, les voies d’accès et les immeubles qui gagnent du terrain à Ivry-Port, la Seine n’a rien d’un décor tranquille. Ici, le fleuve reste un outil de travail. C’est ce qui rend intéressant le marché publié le 2 mai au BOAMP: Haropa Port cherche une équipe de maîtrise d’œuvre pour le réaménagement des ports National et d’Ivry-sur-Seine.
Il ne s’agit pas encore d’un chantier lancé ni d’une promesse d’ouverture des quais au public. À ce stade, on parle d’études, de plans, de choix techniques, bref de la phase où l’on décide ce qu’un site peut devenir. Le marché prend la forme d’un accord-cadre plafonné à 1,5 million d’euros hors taxes, prévu sur une durée initiale de deux ans, avec possibilité de prolongation. Cela suffit à montrer qu’on n’est pas devant une simple remise en état.
Le sujet mérite mieux qu’une lecture de marché public. À Ivry, le port touche de très près la ville dense. Le quartier change, avec de nouveaux logements, des espaces publics, des ambitions de meilleure liaison avec la Seine. Mais les activités portuaires, elles, n’ont pas disparu. Il faut toujours laisser circuler des véhicules, garder des accès, organiser des mouvements, accueillir des usages économiques qui n’entrent pas dans l’image d’une berge entièrement pacifiée.
C’est toute la difficulté du lieu. Sur le papier, le retour au fleuve fait consensus. Dans la pratique, un port urbain ne se transforme pas en promenade par décret. Il faut composer avec des quais qui servent, des clôtures qui ont une fonction, des circulations qui ne peuvent pas être effacées d’un trait.
Le port d’Ivry a d’ailleurs rappelé récemment à quoi il sert. En 2023, des éléments de charpente de Notre-Dame y ont transité par voie fluviale avant d’être acheminés vers Paris. L’exemple vaut mieux qu’un long discours: le fleuve peut encore éviter des camions sur des axes saturés et rendre des services très concrets à la métropole.
C’est pour cela que le réaménagement annoncé est intéressant. La vraie question n’est pas de savoir si la ville va “reprendre” ses berges, comme si le port n’avait plus lieu d’être. La vraie question est plus précise: comment rendre cette interface plus lisible, plus praticable et mieux intégrée, sans casser sa fonction de travail.
À Ivry, cela peut vouloir dire des choix simples en apparence, mais décisifs au quotidien: mieux organiser les accès, clarifier ce qui relève du port et ce qui relève de l’espace public, traiter les bords de quai, améliorer les continuités pour les piétons, réduire les conflits d’usage, rendre le site moins abrupt pour les riverains sans faire semblant d’oublier les contraintes portuaires.
Le quartier d’Ivry-Port est l’un des endroits où cette négociation devient visible. La commune veut mieux vivre avec la Seine. Haropa veut garder un fleuve utile. Ces deux logiques ne sont pas forcément opposées, mais elles ne s’emboîtent pas toutes seules.
Le marché publié cette semaine ne donne pas encore toutes les réponses. Il dit en revanche une chose assez nette: sur cette partie des bords de Seine, l’avenir ne se jouera ni dans la carte postale ni dans le tout-logistique. Il se jouera dans la manière pratique de faire tenir ensemble un quai de travail et un quartier habité.