À Gustave Roussy, la modernisation de la radiothérapie passe aussi par une question simple: qui fait tourner les machines, accompagne les patients et sécurise les traitements au quotidien?
L’institut de Villejuif a publié le 28 avril une politique dédiée aux manipulateurs en radiothérapie, ces professionnels formés en trois ans qui travaillent au contact direct des patients, sous responsabilité médicale. Gustave Roussy met en avant un salaire débutant pouvant atteindre 3 872 euros bruts mensuels en radiothérapie, une prime à l’embauche, une reprise d’ancienneté, une prime de fidélisation, du tutorat, de la formation continue et des aides concrètes pour le logement, la crèche ou les transports.
Ce n’est pas seulement une annonce de recrutement. C’est le signe d’un point de tension très concret: plus les traitements deviennent techniques, plus les compétences humaines qui les rendent possibles deviennent stratégiques.
La radiothérapie concerne environ 215 000 patients chaque année en France, selon l’Institut national du cancer. En 2023, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection recensait 4,12 millions de séances d’irradiation, dans 171 centres équipés de 577 accélérateurs. Les traitements progressent vers davantage de précision, avec des séances très ciblées, parfois dites stéréotaxiques, qui concentrent fortement les rayons sur une zone limitée afin d’épargner au mieux les tissus sains.
À Villejuif, cette évolution se voit dans les équipements cités par Gustave Roussy, comme le Zap-X et l’Halcyon. Mais une machine de pointe ne supprime pas le besoin de professionnels aguerris. Le manipulateur installe le patient, contrôle le positionnement, participe à la réalisation de la séance, repère les problèmes possibles et contribue à la sécurité du parcours. Dans ce type de soin, la précision ne sort pas seule de l’appareil. Elle dépend d’une équipe stable, formée et attentive.
C’est là que le sujet dépasse Gustave Roussy. La France comptait 31 800 manipulateurs en électroradiologie médicale actifs de moins de 62 ans au 1er janvier 2024, selon la Drees. Les tensions de recrutement sont documentées, notamment en Île-de-France, où les établissements se disputent les mêmes profils. L’État augmente les capacités de formation: 58 écoles en septembre 2024, 1 945 places ouvertes cette année-là, soit 12,5 % de plus qu’en 2023. Mais une formation en trois ans ne règle pas une pénurie en quelques mois.
Pour le Val-de-Marne, l’enjeu est double. Il touche l’accès à des soins très spécialisés, dans l’un des grands centres français et européens de cancérologie. Il touche aussi l’emploi qualifié: Gustave Roussy indique compter plus de 120 manipulateurs toutes disciplines confondues et veut leur offrir des parcours plus lisibles, avec formation, recherche clinique et évolution professionnelle.
Un territoire médical d’excellence ne se construit pas seulement avec des bâtiments, des plateaux techniques et des annonces d’innovation. Il se construit aussi avec des métiers attractifs, capables de retenir l’expérience. À Villejuif, la radiothérapie du futur dépendra autant de la fidélisation des équipes que de la prochaine génération de machines.