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Dans le Val-de-Marne, l’emploi se joue aussi sur le trajet

France Travail finance des projets de mobilité pour aider les demandeurs d’emploi à rejoindre formations, entretiens et postes réellement accessibles.

Illustration trajet vers l’emploi

Un poste tôt le matin à Rungis, une mission près d’Orly, une formation à l’autre bout de la ligne: l’offre peut exister, le CV peut convenir, et le trajet faire tomber l’affaire. C’est le point que remet sur la table l’appel à projets 2026 de France Travail Île-de-France sur la mobilité des demandeurs d’emploi. Les candidatures sont closes depuis le 25 mars, mais les lauréats doivent être annoncés au plus tard le 11 mai. L’enjeu n’est donc plus de candidater: il est de savoir quelles solutions vont être financées, où, et pour quels publics.

L’appel n’est pas une aide directe pour payer un ticket, réparer une voiture ou financer un permis. Il vise des organismes capables de diagnostiquer les freins à la mobilité et d’accompagner des demandeurs d’emploi suivis par France Travail. Associations, structures d’insertion ou autres acteurs peuvent être retenus, à condition de disposer d’un cofinancement. L’enveloppe régionale atteint 900 000 euros, avec une prise en charge possible jusqu’à 80 % des dépenses éligibles, pour des conventions de douze mois. Le Val-de-Marne est couvert par l’appel à projets dans son intégralité.

Le sujet dépasse largement le cas administratif. France Travail estime qu’en 2025, environ 800 000 demandeurs d’emploi en France, dont 120 000 en Île-de-France, déclaraient une contrainte personnelle liée à la mobilité. Les freins ne sont pas seulement matériels. L’appel cite aussi les difficultés financières, la peur des transports, l’anxiété, le manque de confiance, ou la difficulté à s’orienter. Le diagnostic mobilité doit donc déboucher sur une feuille de route concrète, pas sur un simple constat.

Dans le Val-de-Marne, la question touche un volume important de personnes. Au quatrième trimestre 2025, France Travail comptait 161 930 inscrits en fin de trimestre dans le département, toutes catégories confondues. Parmi eux, 21 % étaient bénéficiaires du revenu de solidarité active, 17 % vivaient dans un quartier prioritaire, et 35 % avaient un niveau inférieur ou égal au CAP-BEP. Pour ces publics, un entretien à 7 h, une formation mal desservie ou deux correspondances peu fiables peuvent suffire à réduire les postes réellement accessibles.

Le paradoxe est que le Val-de-Marne n’est pas un territoire isolé. Il est au cœur de la métropole et proche de grands bassins d’emploi. Le pôle Orly-Rungis rassemble plus de 111 000 emplois, autour de l’aéroport, du marché de Rungis, du Sénia et du parc Icade. Mais cette géographie reste difficile pour une partie des actifs: selon l’Institut Paris Région, 68 % des personnes qui travaillent dans ce pôle s’y rendent en voiture, contre 23 % en transports en commun. Les horaires décalés, les coupures urbaines et l’organisation des zones d’activité expliquent une partie de cet écart.

Les grands transports améliorent la situation, sans tout régler. La ligne 14 prolongée dessert six villes du Val-de-Marne et participe au développement du pôle Orly-Rungis. La ligne 15 Sud doit relier davantage les territoires de banlieue à banlieue et faciliter l’accès à plusieurs grands pôles d’emploi, de santé et d’enseignement. Mais une gare nouvelle ne répond pas à tout: il faut encore rejoindre la gare, tenir des horaires atypiques, comprendre le parcours, payer les restes à charge et parfois retrouver assez de confiance pour bouger hors de son périmètre habituel.

C’est là que les projets attendus peuvent être utiles. Les meilleurs ne seront pas forcément spectaculaires: un diagnostic systématique avant une formation, une permanence mobilité dans une mission locale, un garage solidaire, un accompagnement au permis, une solution vélo, une location temporaire, une navette ciblée vers une zone d’activité. Le Cerema classe d’ailleurs les services de mobilité solidaire autour de leviers très concrets: diagnostic, accompagnement, transport solidaire, location, achat, entretien, réparation et aides financières.

La bonne question, après le 11 mai, sera simple: quels projets permettront vraiment à des Val-de-Marnais d’accepter un entretien, une formation ou un poste qu’ils auraient autrement refusé? Une politique de l’emploi ne se joue pas seulement dans les agences ou sur les plateformes d’offres. Elle se joue aussi dans ce moment très banal où quelqu’un regarde un itinéraire et décide s’il peut y aller.