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À Créteil, le cinéma teste une autre voie vers l’emploi

À Créteil, huit demandeurs d’emploi ont tourné un court-métrage pour France Travail ; trois propositions ont suivi, dans un test d’insertion par la culture.

Illustration - cinéma et emploi à Créteil

À Créteil, huit demandeurs d’emploi ont écrit, joué et réalisé un court-métrage avec l’association Le Cartel, dans le cadre de L’Art d’accéder à l’emploi, un dispositif porté par France Travail. Le film, Plus qu’une ligne, a été présenté au Centre Madeleine-Rebérioux devant plusieurs recruteurs locaux, dont Klépierre, AGEM/Quadro et Pompes Funèbres Loïc. À la sortie, trois propositions d’immersion ou de recrutement ont été formulées.

Ce n’est pas une promesse de miracle. C’est un test concret de ce que le CV montre mal: la voix, la confiance, la capacité à travailler avec les autres, la manière de tenir sa place dans un groupe.

Le principe du dispositif est simple: utiliser une pratique artistique pour aider des candidats à reprendre appui, puis les mettre en contact avec des employeurs autrement que par une pile de candidatures. En Île-de-France, France Travail dit avoir mené 31 actions en 2025. Le partenariat noué avec le GrandPalaisRmn prévoit des parcours de trois à six semaines, souvent avec des groupes de dix à douze personnes. Théâtre, cinéma, musée ou création collective: l’enjeu n’est pas de former des artistes, mais de rendre visibles des qualités professionnelles qui restent souvent muettes dans un parcours haché.

Créteil donne un bon terrain d’essai à cette méthode. Le Val-de-Marne n’est pas un territoire sans offres: France Travail y recense 31 720 projets de recrutement pour 2026. Mais 37,5 % sont jugés difficiles. Autrement dit, les employeurs cherchent, les candidats existent, et pourtant la rencontre ne se fait pas toujours. Le recrutement sans CV, ou avec moins de CV, tente de réduire cet écart.

Le contexte social oblige aussi à rester précis. Fin 2025, le Val-de-Marne comptait 119 910 demandeurs d’emploi tenus de rechercher un poste, dont 77 950 sans emploi. Le chômage atteignait 8,1 % dans le département, au-dessus de la moyenne francilienne de 7,6 %. Dans ce paysage, un atelier cinéma ne règle ni le manque de qualification, ni les problèmes de mobilité, ni la sélectivité des recruteurs. Il peut en revanche débloquer quelque chose en amont: oser parler, assumer son parcours, montrer une présence, accepter le regard d’un employeur.

C’est là que le sujet dépasse Créteil. Partout, le CV classique trie vite, parfois trop vite. Il rassure les recruteurs, mais il écrase les détours, les reconversions, les périodes blanches, les compétences acquises hors diplôme. Les approches centrées sur les compétences réelles gagnent du terrain parce qu’elles répondent à une faille connue: beaucoup de postes demandent autant de fiabilité, d’adaptation et de relationnel que de parcours linéaire.

France Travail présente déjà L’Art d’accéder à l’emploi comme un dispositif national. Depuis son lancement dans les Hauts-de-France en 2021, 290 actions auraient été conduites avec près de 3 000 participants. L’opérateur annonce 54 % d’accès à un poste six mois après la sortie et 81 % de participants revenus dans une dynamique active de recherche. Ces chiffres donnent du poids à l’expérience, mais ils appellent aussi une vérification locale.

À Créteil, trois propositions après une projection, c’est encourageant. La vraie mesure viendra ensuite: combien d’immersions deviennent des contrats, combien de participants restent accompagnés, combien d’employeurs reviennent. Sans ce suivi, l’effet risque de s’arrêter à l’atelier. Avec lui, le cinéma peut devenir un sas d’entrée vers l’emploi: moins intimidant qu’un entretien classique, plus parlant qu’un CV, et assez concret pour ouvrir une première porte.