À Chennevières-sur-Marne, France Travail part d’un constat simple : pour certains postes, le CV en dit moins que la façon de travailler avec les autres. Avec l’Atelier Gourmand Val-de-Marne, l’agence locale a monté un format présenté comme une première en Île-de-France. Pendant deux heures, les participants cuisinent, s’organisent, coopèrent, prennent des initiatives et gèrent le stress. France Travail dit avoir déjà enregistré plusieurs embauches fermes et avoir décidé de poursuivre avec des sessions régulières.
Le point intéressant est là : la cuisine n’est pas le sujet, c’est l’outil. Ce que ce format cherche à faire remonter, ce ne sont pas des lignes sur un parcours, mais des gestes et des réactions qu’un entretien capte mal. Tenir un rythme, écouter, s’adapter, ne pas se raidir au premier imprévu. Pour des candidats peu à l’aise avec les codes du recrutement, le déplacement est important. On leur demande moins de bien se raconter, plus de montrer comment ils travaillent.
Cette méthode tombe sur un marché local où les besoins restent nets. Dans le Val-de-Marne, les employeurs déclarent 31 720 projets de recrutement pour 2026, dont 37,5 % jugés difficiles. À l’échelle du pays, France Travail recense 2 274 950 projets, avec 43,8 % de recrutements considérés comme difficiles. Ce n’est donc pas une animation de communication greffée sur un territoire calme. C’est une réponse, modeste mais concrète, à un problème qui dure : des employeurs cherchent, des postes restent ouverts, et le tri classique ne suffit pas toujours.
Surtout, l’expérience a déjà débordé la seule restauration. À Chennevières-sur-Marne, les déclinaisons vues ces dernières semaines ont servi à recruter pour ARPEJ, dans les résidences étudiantes, pour Ouihelp dans l’aide à domicile, pour Aux Merveilleux de Fred, et pour Royal Regency. Autrement dit, la cuisine sert ici de terrain d’observation pour des métiers différents. Ce que les employeurs viennent tester, ce n’est pas la qualité d’un dressage d’assiette. C’est la manière de se comporter dans une situation concrète, avec d’autres, sous contrainte de temps.
Le Val-de-Marne n’invente pas seul cette bascule. L’Organisation de coopération et de développement économiques décrit depuis 2025 la montée des approches dites “skills-first”, qui donnent davantage de poids aux compétences démontrées qu’aux seuls diplômes ou intitulés de poste. L’organisation y voit une façon d’ouvrir le recrutement à un vivier plus large et d’améliorer l’adéquation entre candidats et employeurs, tout en rappelant que la méthode a ses limites. C’est aussi le vrai enjeu ici. Un atelier bien pensé ne réglera ni les horaires difficiles, ni les salaires trop bas, ni l’usure de certains métiers. Mais il peut supprimer un filtre inutile au départ. Et dans un département où plus d’un recrutement sur trois est jugé difficile, ce n’est déjà pas rien.