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À Bonneuil-sur-Marne, le port teste une décarbonation qui part du sol

Au port de Bonneuil, une chaussée photovoltaïque relance une question plus large sur la logistique, le fret fluvial et la décarbonation d’un site clé du Val-de-Marne.

Illustration - port et dalles solaires

Au port de Bonneuil-sur-Marne, HAROPA PORT a installé début octobre 2025 une chaussée photovoltaïque sur un parking de service. Le dispositif tient sur 48 dalles et 125 m². La production attendue est d’environ 20 mégawattheures par an, consommés directement sur place, soit près de 20 % des besoins du bâtiment voisin. À cette échelle, on ne change pas le système électrique du Val-de-Marne. On équipe un site logistique avec une source locale, sur une surface déjà artificialisée.

Le projet prend de l’intérêt parce qu’il est posé à Bonneuil, pas n’importe où. Le port est la deuxième plateforme multimodale d’Île-de-France. Il s’étend sur 201 hectares, accueille environ 2 000 emplois, abrite 182 entreprises et fait transiter chaque année 1 million de tonnes par voie d’eau et 500 000 tonnes par rail. Dans un département souvent raconté par ses RER, ses bouchons ou ses zones commerciales, Bonneuil rappelle une autre réalité: une part de l’approvisionnement francilien passe ici, entre quais, entrepôts et tri-modalité.

C’est aussi là que la décarbonation devient tangible. En janvier 2026, Paris Terminal et Terminaux de Seine ont lancé un appel pour une navette fluviale régulière entre Gennevilliers et Bonneuil, avec 54 conteneurs standard par barge au départ et un potentiel de trois rotations par semaine. Le levier principal reste celui-là: déplacer davantage de marchandises vers le fleuve et le rail. Voies navigables de France rappelle que le fret fluvial peut émettre jusqu’à cinq fois moins de dioxyde de carbone que la route à la tonne transportée. Le solaire au sol ne remplace pas ce basculement. Il l’accompagne.

Il faut en revanche éviter de survendre la technologie. Les chaussées photovoltaïques ont déjà laissé des traces de communication plus fortes que leurs résultats, notamment à Tourouvre dans l’Orne, où une partie de l’expérimentation Wattway a dû être déposée pour analyse technique. Depuis, le solaire français avance surtout sur d’autres formats. Fin 2025, le pays comptait 31,3 gigawatts installés et 37 térawattheures produits sur l’année. La règle publique pousse en plus vers l’équipement des parkings, avec l’obligation progressive d’installer des ombrières solaires sur au moins la moitié des parcs de plus de 1 500 m² entre 2026 et 2028. Bonneuil n’annonce donc pas un modèle massif. Il teste un usage précis, sur une petite surface, là où un port manque de foncier disponible et veut garder ses espaces en service.

C’est ce qui rend l’opération crédible. Pas parce qu’elle serait décisive à elle seule, mais parce qu’elle colle à la logique du lieu. À Bonneuil, la transition passe moins par un objet miracle que par l’addition de briques utiles: plus de fret fluvial, plus de rail, un peu d’électricité produite sur site, et des sols déjà utilisés qui commencent enfin à servir à deux choses à la fois.