Dans le sud du Val-de-Marne, l’industrie n’est ni un souvenir ni un slogan. Sur le territoire de Grand-Orly Seine Bièvre, elle représente encore 470 établissements employeurs et 13 100 emplois salariés dans l’industrie manufacturière. Le territoire a bien perdu 26 % de ses emplois manufacturiers entre 2008 et 2021, mais il reste une base productive très réelle, avec de la chimie-pharmacie, des matériels de transport, de la plasturgie, de la métallurgie ou encore de l’imprimerie. Et la séquence n’est pas figée : l’intercommunalité mettait en avant à l’automne 2024, via son programme de rebond industriel, 78 projets portés par 56 entreprises, pour 131 millions d’euros d’investissements et 540 créations d’emplois potentielles.
Le vrai sujet est ailleurs : avoir des sites, des ateliers et des recrutements ne suffit pas à faire de l’emploi local. Les chiffres de mobilité le montrent très bien. Grand-Orly Seine Bièvre compte 284 900 emplois, mais seulement 119 300 actifs y vivent et y travaillent à la fois. 165 600 personnes viennent y travailler sans y habiter, pendant que 196 700 habitants vont travailler hors du territoire. En parallèle, 23 900 jeunes de 15 à 29 ans y sont non scolarisés et sans emploi. Autrement dit, le problème n’est pas seulement le volume de postes. C’est la connexion entre les habitants, les formations et les entreprises.
C’est là que le papier du Grand-Orly devient intéressant, à condition de ne pas le lire comme une simple auto-promotion. La collectivité ne vend pas une réindustrialisation magique. Elle décrit un travail de raccordement. Un comité réunit France Travail, missions locales, structures d’insertion, lycées, organismes de formation et représentants industriels. Un webinaire a été monté autour des métiers et recrutements du site de maintenance de la RATP à Vitry-sur-Seine, avec une suite annoncée en avril, mai puis un forum de recrutement en juin. Le territoire cite aussi le cas d’Aresia à Valenton, groupe aéronautique qui prévoit une trentaine de recrutements. Là, on quitte enfin le discours vague sur “l’emploi des habitants” pour parler de postes précis, d’entreprises identifiées et d’intermédiaires capables de préparer les candidatures.
Reste le verrou principal : les métiers qui manquent sont souvent ceux qu’on voit le moins. À l’échelle régionale, l’industrie francilienne aura besoin d’environ 83 500 recrutements par an entre 2025 et 2030. Mais l’étude sectorielle dit aussi que l’Île-de-France ne forme pas assez de conducteurs d’équipements industriels, de techniciens de maintenance, d’ajusteurs-monteurs ou d’opérateurs sur commandes numériques. À l’échelle nationale, France Travail évoque encore 153 000 postes à pourvoir dans l’industrie en 2025. Le sud du Val-de-Marne n’a donc pas besoin d’inventer un récit industriel. Il l’a déjà. La bataille est plus simple et plus rude : faire en sorte que les postes ouverts sur le territoire ne partent pas presque automatiquement à ceux qui ont déjà les codes, le diplôme ou le bon réseau.