Le Grand-Orly Seine Bièvre laisse jusqu’au 17 avril à minuit aux structures locales pour candidater à son fonds de soutien à l’insertion par l’activité économique. L’aide peut atteindre 10 000 euros par structure. Elle vise les ateliers et chantiers d’insertion, les associations intermédiaires et les entreprises d’insertion, ces employeurs qui remettent des personnes très éloignées de l’emploi dans le travail réel, avec contrat, horaires, suivi et montée en compétence. Dit autrement, ce n’est pas un petit guichet de plus. C’est un test très concret de la capacité du territoire à réparer la jonction entre habitants exclus et secteurs qui recrutent.
Cette jonction compte ici plus qu’ailleurs. Avec la nouvelle géographie prioritaire, le Grand-Orly Seine Bièvre est passé de 100 000 à 125 000 habitants vivant dans des quartiers prioritaires, répartis sur 36 quartiers de 18 villes. Cela représente environ un habitant sur sept à l’échelle du territoire, et bien davantage dans certaines communes. Le sujet n’est donc pas marginal. Il touche une part lourde de la population locale, dans un morceau du Val-de-Marne où les fragilités sociales sont suffisamment fortes pour peser sur l’emploi, la formation, la mobilité et les trajectoires de vie.
En face, l’activité économique est bien là. Le territoire met en avant 84 000 emplois productifs et 26 000 établissements productifs. L’industrie francilienne, selon l’OPCO 2i, aurait besoin de 83 500 recrutements par an entre 2025 et 2030. Entre Orly, Rungis, Bonneuil, Vitry ou Valenton, il y a de la logistique, de la maintenance, des services urbains, du réemploi, des métiers industriels. Le problème n’est donc pas un désert d’emplois. Le problème, c’est l’accès à ces emplois pour des habitants freinés par l’absence de réseau, de qualification reconnue, de mobilité stable ou simplement d’une première marche crédible.
C’est là que l’insertion par l’activité économique garde une utilité très concrète. En France, 168 800 nouveaux contrats ont été signés en 2024 dans ce secteur, en baisse de 3 % sur un an. Cela dit deux choses à la fois: le besoin reste massif, et le système ne dispose pas d’un matelas illimité. Localement, les débouchés ne relèvent pas de la théorie. Le Grand-Orly Seine Bièvre met en avant des postes de manœuvre, conducteur d’engins, agent de collecte, agent d’entretien des espaces verts, agent de nettoyage ou agent administratif. On est loin des slogans sur “l’inclusion”. On parle de vrais métiers, de premières expériences, puis parfois d’un contrat durable.
Le second levier est moins visible, mais sans doute plus puissant: la commande publique. Quand les marchés publics réservent une place à l’insertion, l’argent public ne paie pas seulement une prestation, il ouvre aussi une porte vers l’emploi. En 2022, l’équipe clauses du Grand-Orly Seine Bièvre a mis en œuvre près de 275 000 heures d’insertion. Sur les seuls marchés de l’établissement, 14 395 heures ont été réalisées, pour 39 bénéficiaires et 46 contrats de travail. À la fin de l’année, près de 77 % des personnes passées par ce dispositif étaient encore en emploi. Le point faible est connu aussi: ces heures restent très concentrées dans des métiers masculins du bâtiment, de la voirie et des travaux publics. Le territoire écrit lui-même qu’il faut élargir le dispositif vers les services et les prestations intellectuelles pour toucher un public plus diversifié.
C’est là que le fonds 2026 a un sens. Dix mille euros ne changeront pas le marché du travail du sud du Val-de-Marne. En revanche, dans un territoire qui cumule gros vivier d’emplois, forte population populaire et usage croissant des clauses d’insertion, consolider les structures qui servent d’intermédiaire reste une décision utile. Le vrai sujet n’est pas l’annonce. C’est de savoir si le territoire parvient à faire grandir ces passerelles assez vite, dans les bons secteurs, pour que les habitants qui restent dehors n’aient pas seulement une promesse de plus, mais une entrée de plus.