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À Haute-Isle, les murs de l’église sont une falaise. Comment les conserver ?

À Haute-Isle, une église taillée dans la falaise intéresse des chercheurs européens. Ses anciens enduits révèlent les difficultés de conservation de la craie.

Illustration - Église troglodytique dans une falaise

À Haute-Isle, dans le Val-d’Oise, l’église de l’Annonciation n’a pas été construite contre la falaise. Elle a été creusée dedans. Ses murs et sa voûte sont taillés dans la craie du Vexin, à quelques pas de la Seine. Cette curiosité architecturale, unique en Île-de-France, figure désormais parmi les cas d’étude du projet scientifique européen CHARM, consacré à la conservation des monuments face à l’eau et aux évolutions climatiques.

Une visite scientifique de l’édifice était programmée samedi 7 novembre, dans le cadre du premier rassemblement des doctorants du projet. L’occasion de s’intéresser à une difficulté peu ordinaire : comment préserver un bâtiment dont les murs font partie de la colline ?

Trois siècles et demi d’histoire inscrits dans la craie

Entre 1670 et 1673, l’église de Haute-Isle a été creusée dans la roche à l’initiative du seigneur Nicolas Dongois. Sa nef mesure 23 mètres de long, sous une voûte culminant à huit mètres. Cinq fenêtres percent la façade, elle-même taillée dans la falaise. Seul le clocher est construit en maçonnerie.

À l’intérieur, la température demeure relativement stable, entre 13 et 16 °C selon l’association qui veille sur l’édifice. Mais les parois ont changé d’apparence au fil des siècles.

Autrefois, elles étaient recouvertes d’un épais enduit de plâtre. Une date, 1891, inscrite dans la voûte, rappelle la dernière restauration de cet enduit. Puis le revêtement s’est progressivement effrité, comme le montrent d’anciennes cartes postales. Aujourd’hui, la craie est largement apparente. De petites cavités abritent encore les fragments de tuiles et de poteries qui servaient à faire tenir l’enduit.

L’entretien du lieu pose aussi des problèmes bien actuels. Un auvent en bois protège l’entrée contre les chutes de silex. L’association prévoit des volets à persiennes pour limiter la prolifération estivale des algues. Autant de rappels qu’un monument creusé dans la roche ne se conserve pas exactement comme une église ordinaire.

L’eau, la pierre et les chercheurs de Cergy

Dans un édifice construit, les murs sont des assemblages de pierres et de mortiers, distincts du terrain environnant. À Haute-Isle, la roche naturelle constitue elle-même l’architecture. L’humidité, les variations climatiques et les phénomènes biologiques doivent donc être considérés avec cette particularité à l’esprit.

Le programme CHARM, coordonné par CY Cergy Paris Université, rassemble 13 doctorants et bénéficie de 3,77 millions d’euros de financement européen jusqu’en 2029. Il associe observations sur le terrain, analyses des matériaux et modélisation de leur dégradation pour développer des méthodes de conservation plus durables.

Deux laboratoires associés au projet par CY Cergy Paris Université, l’ISTeP et ERRMECe, participent aux recherches. Parmi les pistes étudiées figurent des mortiers capables de mieux réguler l’humidité et des composés biologiques destinés à freiner la colonisation des matériaux patrimoniaux par des micro-organismes.

Ces solutions sont encore au stade de la recherche. Aucun traitement expérimental ni diagnostic nouveau concernant l’église de Haute-Isle n’a été annoncé.

L’association locale et la commune n’ont d’ailleurs pas attendu CHARM pour agir. L’église, inscrite aux monuments historiques depuis 1926, a bénéficié de plusieurs restaurations, notamment de sa clôture de chœur en bois du XVIIe siècle, de son dallage et de ses éléments d’entrée.

Les recherches de CHARM doivent aider à mieux comprendre les mécanismes qui fragilisent les matériaux anciens avant de choisir comment intervenir. À Haute-Isle, les cavités de la craie conservent encore les fragments de tuiles et de poteries qui retenaient les anciens enduits.

Sources consultées
  1. CY Tech Graduate SchoolCY Tech Graduate School au premier rassemblement des doctorants du projet européen CHARM
  2. Association pour le Partage de Notre Église TroglodyteHistoire de l’église troglodytique
  3. Association pour le Partage de Notre Église TroglodyteLes projets de restauration
  4. Commission européenne, CORDISConservation Heritage Architecture, buildings and sites by Resilient Methods: hydro-climate factors
  5. CHARM European ProjectNew sustainable Mortars for wall humidity regulation
  6. CHARM European ProjectEvaluation of the use of biocompounds to fight the colonisation of heritage materials by biodeteriorating microorganisms under different climatic conditions