
À Champagne-sur-Oise, EDF envisage d’installer deux turbines à combustion sur le site de son ancienne centrale thermique. Le projet aujourd’hui soumis à concertation atteindrait environ 650 MW. Dans le dossier de saisine de la Commission nationale du débat public, établi à un stade où Sirius était encore présenté autour de 600 MW, EDF prévoyait environ 150 heures de fonctionnement par an et par turbine, avec une montée à pleine puissance en moins de trente minutes. La concertation publique est ouverte jusqu’au 20 novembre.
Cent cinquante heures, c’est à peine plus de six jours. Cette utilisation très rare est précisément la fonction recherchée : Sirius servirait lors de pointes exceptionnelles, notamment pendant plusieurs jours de froid où la consommation est élevée et où peu de vent réduit la production éolienne. À ce même stade de saisine, l’investissement était estimé à 550 millions d’euros. Le projet a depuis été porté à environ 650 MW ; les documents actuels cités ne donnent pas de coût actualisé.
Une telle centrale ne peut pas compter uniquement sur la vente de son électricité pour se financer. Le nouveau mécanisme français de capacité rémunère justement des producteurs, des installations de stockage ou des consommateurs capables de s’effacer en échange d’un engagement de disponibilité. Les capacités sont retenues au terme d’enchères concurrentielles organisées par RTE. Sirius doit candidater à une enchère prévue en 2027 et sa réalisation reste conditionnée à l’obtention d’une rémunération au titre de ce mécanisme, pour une disponibilité visée à partir de l’hiver 2031-2032.
Le thermique n’est toutefois pas la seule réponse étudiée. RTE considère que les batteries et la modulation de la consommation sont bien adaptées aux tensions courtes, mais moins aux épisodes qui durent plusieurs jours, lorsqu’un stockage doit être rechargé et qu’un usage électrique ne peut plus être longtemps repoussé. Pour ces épisodes longs, ses scénarios conservent donc des moyens capables de produire sans dépendre d’un stockage à recharger chaque jour : hydraulique de longue durée, disponibilité hivernale du nucléaire ou nouvelles centrales de pointe. Plusieurs combinaisons atteignent le même niveau de sécurité et RTE ne désigne pas l’une d’elles comme supérieure aux autres ; coûts, délais et disponibilité doivent les départager.
À Champagne-sur-Oise, cette assurance nationale prendrait une forme très matérielle. EDF prévoit les deux turbines, alimentées avec du HVO issu notamment d’huiles de cuisson usagées ou de graisses animales. RTE prévoit de créer un poste raccordé à la ligne 400 kV Plessis-Terrier 2 et de mettre en souterrain quelques centaines de mètres de la ligne 225 kV Plessis-Gassot-Persan. Le territoire accueillerait donc un équipement industriel puissant mais volontairement peu utilisé, dont l’intérêt économique devra encore être confirmé par le mécanisme de capacité, en concurrence avec d’autres solutions.
Rien n’est encore décidé. La prochaine rencontre de terrain annoncée dans l’avis officiel est prévue mardi 29 septembre à la gare de Champagne-sur-Oise, avant les réunions publiques d’octobre. Les habitants peuvent aussi déposer directement leurs observations sur la plateforme de concertation jusqu’au 20 novembre.
Sources consultées
- Commission nationale du débat publicProjet SIRIUS de centrale thermique bas carbone et de son raccordement au réseau de transport d’électricité situé à Champagne-sur-Oise
- EDFProjet Sirius : avis de concertation
- RTEBilan prévisionnel 2025-2035, principaux résultats
- Commission de régulation de l’énergieLa CRE constate les paramètres de financement du nouveau mécanisme de capacité pour 2026-2027