
À Roissy-Charles-de-Gaulle, un moustique arrivé par avion a probablement suffi. En juillet 2024, un salarié de la plateforme a contracté un paludisme à Plasmodium falciparum sans avoir voyagé en zone d’endémie. Le Centre national de référence a classé le cas comme « paludisme d’aéroport », avec une contamination probable par un anophèle importé. Aucun autre cas contemporain par le même mode de contamination n’avait alors été signalé.
Deux ans plus tard, c’est Francfort qui montre jusqu’où peut aller cet accident rarissime. Depuis juillet 2026, six personnes travaillant sur la plateforme ont été contaminées sans voyage récent en zone d’endémie, puis deux habitants de Schwanheim, quartier voisin de l’aéroport, en septembre. Trois des huit personnes sont mortes. Les autorités allemandes n’avaient connaissance d’aucun nouveau cas depuis le début de la semaine au 17 septembre.
Roissy n’est pas un décor fortuit dans cette histoire. Une revue européenne publiée en 2024 a recensé 105 cas classés comme paludisme d’aéroport entre 1969 et 2022. Cinquante-deux étaient français et 32 associés à Charles-de-Gaulle, davantage qu’à tout autre aéroport recensé. Parmi les 30 cas directement liés à une activité professionnelle aéroportuaire, les emplois impliquant un contact étroit avec le fret ou les soutes à bagages étaient les plus fréquents. CDG faisait aussi partie, avec Bruxelles, des plateformes européennes recevant le plus de vols directs depuis des pays où le paludisme est endémique dans l’analyse des liaisons de 2021 et 2022.
Le système français cherche donc à arrêter le moustique avant qu’il ne quitte l’avion. Le Code de la santé publique impose la désinsectisation des appareils venant des zones concernées, et les agences régionales de santé contrôlent l’application de ces mesures, particulièrement de mai à octobre. En 2026, la délégation départementale de Seine-Saint-Denis de l’ARS Île-de-France a indiqué que ses équipes étaient mobilisées à CDG pour contrôler la désinsectisation des aéronefs.
La barrière reste imparfaite. Les auteurs de la revue européenne demandent d’ailleurs que la conformité et l’efficacité de la désinsectisation soient davantage évaluées. Le nombre de contrôles réalisés à Charles-de-Gaulle en 2026 et leur taux de conformité ne sont pas rendus publics.
Il reste alors une seconde protection : reconnaître rapidement une maladie moins spontanément évoquée chez une personne qui n’a pas voyagé en zone d’endémie. En France hexagonale, Santé publique France estime à seulement un ou deux par an en moyenne, entre 1995 et 2022, les cas de paludisme d’aéroport ou de bagage. Francfort rappelle toutefois pourquoi cette poignée de cas justifie une surveillance organisée : l’événement est exceptionnel, mais Plasmodium falciparum peut être grave et le diagnostic plus difficile lorsque le voyage manque à l’histoire du patient.
À Roissy, cette frontière sanitaire se joue ainsi dans des endroits que les voyageurs regardent à peine : une cabine traitée avant l’arrivée, une soute ouverte sur le tarmac, un bagage déchargé, et parfois un moustique qui a parcouru plusieurs milliers de kilomètres avec l’avion.
Sources consultées
- Centre national de référence du paludismeRapport d’activité 2024 du Centre National de Référence Paludisme
- Gesundheitsamt Frankfurt am Main et Universitätsmedizin FrankfurtTodesfall im Zusammenhang mit Malaria-Infektionen
- EurosurveillanceAirport and luggage (Odyssean) malaria in Europe: a systematic review
- Ministère de la SantéContrôle sanitaire des aéronefs
- Délégation départementale de Seine-Saint-Denis, ARS Île-de-FranceContrôle de la désinsectisation des aéronefs à Roissy-Charles-de-Gaulle