
La consultation sur les futures restrictions de bruit à Paris-Charles-de-Gaulle s’achève vendredi 21 août. Le projet soumis par l’État pour 2030 ne prévoit pas de couvre-feu ni de nouveau plafond global des vols : il cherche d’abord à écarter les avions les plus bruyants, notamment entre 22 h et 6 h.
Le choix compte particulièrement dans le Val-d’Oise. Selon l’étude officielle, 90 % de la population comprise dans la carte stratégique de bruit actuellement utilisée autour de CDG réside dans le département. Dans le même temps, Roissy reste une infrastructure difficile à contraindre sans conséquences nationales : près de 480 000 mouvements y ont été enregistrés en 2025 et l’aéroport concentre plus du tiers du trafic passagers métropolitain et plus de 80 % du fret aérien français.
Les règles actuelles limitent déjà les créneaux au cœur de la nuit et interdisent certains appareils trop bruyants. À partir du 1er janvier 2030, le projet étendrait le tour de vis : retrait progressif des avions les moins performants acoustiquement sur l’ensemble de la journée, critères plus sévères entre 22 h et 6 h, et abaissement des niveaux de bruit certifiés admis au décollage et à l’atterrissage pendant cette tranche horaire.
L’étude réalisée sous l’autorité du préfet du Val-d’Oise a comparé quatre scénarios. Sans nouvelles restrictions, le renouvellement attendu des flottes et les améliorations opérationnelles feraient déjà baisser de 24 % le nombre de personnes considérées comme fortement gênées par rapport à 2019, et de 30 % celles fortement perturbées dans leur sommeil. Les objectifs fixés sont plus élevés.
Le scénario finalement retenu porterait ces baisses à environ 28 % pour la forte gêne et 44 % pour les fortes perturbations du sommeil. Un scénario plus contraignant atteindrait 28,5 % sur le premier indicateur, sans faire mieux la nuit, mais avec un impact annuel estimé à 82,9 millions d’euros sur les coûts d’exploitation des compagnies, contre 77,6 millions pour le scénario choisi. Ce faible gain supplémentaire, pour un coût supérieur, a conduit l’État à retenir le scénario moins contraignant.
L’étude repose aussi sur une hypothèse décisive pour mesurer les conséquences économiques des restrictions : le volume de trafic ne change pas. Une compagnie adapte sa flotte ou, si elle abandonne un créneau, un autre opérateur le reprend avec un appareil conforme. Les effets d’une éventuelle diminution du nombre de passagers, des vols ou des emplois ne sont donc pas intégrés à ce calcul.
Le projet s’écarte ainsi d’une partie des demandes locales. À Gonesse, 4 648 personnes avaient participé en 2024 à une consultation sur la limitation des vols et leur interdiction entre 22 h et 6 h ; 92 % avaient voté pour. Le texte soumis aujourd’hui au public choisit une autre voie : conserver l’activité nocturne tout en accélérant la disparition des avions les plus bruyants.
Les habitants peuvent encore déposer leur contribution à la consultation officielle jusqu’au 21 août. La clôture ne vaut pas adoption : une synthèse doit être publiée, la Commission consultative de l’environnement est appelée à donner son avis et le projet pourra ensuite être soumis à l’ACNUSA. Si le texte aboutit, les nouvelles restrictions sont prévues pour le 1er janvier 2030.
Sources consultées
- Ministères de la Transition écologique et des Transports, Consultations publiquesConsultation du public concernant le projet d’arrêté portant restriction d’exploitation de l’aérodrome de Paris-Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise)
- Préfet du Val-d’OiseÉtude d’impact selon l’Approche équilibrée, Aéroport Paris-CDG, résumé non technique
- Ville de GonesseLa mobilisation de Gonesse contre les nuisances aériennes
- Union européenneRèglement (UE) n° 598/2014 relatif aux restrictions d’exploitation liées au bruit dans les aéroports