
Face au moulin de Fourges, l’Epte fait à la fois paysage et frontière. Un reportage publié ce lundi 17 août a remis en lumière la fréquentation estivale de la rive d’Amenucourt, dans le Val-d’Oise. Mais le dossier ne date ni de cet été ni de la polémique politique qui l’accompagne : les deux rives tentent, depuis plusieurs années, de composer avec l’attractivité du même petit coin de rivière.
En 2020, le bulletin municipal d’Amenucourt signalait déjà des nuisances sonores autour du Moulin de Fourges et du Moulin des Prés. Il évoquait aussi des dégradations « de plus en plus nombreuses » malgré des signalements en gendarmerie. C’était près de deux ans avant que la commune normande de Vexin-sur-Epte, dont Fourges fait partie, ne décide à son tour d’agir sur l’affluence.
En juin 2022, Vexin-sur-Epte constatait officiellement une « suraffluence » estivale sur les deux places bordant le moulin, avec nuisances, incivilités et dégradations. Après une consultation locale favorable à 63 %, la commune a fait retourner une partie des espaces enherbés avant des plantations, afin notamment d’empêcher l’installation de tables et de réduire la fréquentation. Des lices en bois devaient ensuite limiter le stationnement.
Le chantier montre aussi les limites d’une réponse par l’aménagement. La fiche initiale du contrat de relance et de transition écologique chiffrait à 27 200 euros hors taxes la réfection de la voirie, mais laissait encore à définir le coût des aménagements de la place et de ses abords. Dans le bilan actualisé en 2025, l’opération apparaît comme réalisée, tandis que les lices prévues pour empêcher le stationnement sont indiquées comme reportées faute de financement. Une partie de la réponse la plus directement destinée à contenir les voitures n’a donc pas suivi le calendrier prévu.
La géographie complique le reste. Fourges est dans l’Eure ; la rive opposée, à Amenucourt, dans le Val-d’Oise. La police des baignades relève du maire de chaque commune. Pour la rivière et les milieux aquatiques, le Syndicat mixte du bassin de l’Epte intervient sur les territoires d’Amenucourt comme de Vexin-sur-Epte. Il peut agir sur le cours d’eau, pas régler à lui seul le stationnement, les pique-niques ou la tranquillité d’une berge.
En février 2026, un ouvrage hydraulique commandé par Amenucourt a été remplacé sur la route de Fourges ; Vexin-sur-Epte a organisé la fermeture de la route et la déviation. Lorsqu’un ouvrage, un chantier et un maître d’ouvrage sont clairement identifiés, les deux côtés savent donc travailler ensemble.
Les documents publics consultables ne permettent pas d’établir avec certitude le propriétaire de la prairie fréquentée face au moulin, ni de retrouver un arrêté spécifique réglementant la baignade à cet endroit.
À Fourges, les espaces ont été remaniés et végétalisés, mais les barrières anti-stationnement ont attendu. De l’autre côté de l’eau, les usages d’été sont revenus. Ici, quelques mètres d’Epte suffisent à séparer deux départements ; pour gérer les berges comme un seul lieu, il faut pourtant travailler sur les deux rives.
Sources consultées
- Mairie d’AmenucourtAmenucourrier, novembre 2020
- Commune de Vexin-sur-EpteProjet d’aménagement des abords du Moulin de Fourges
- Seine Normandie AgglomérationAvenant 2025/2026 au Contrat pour la réussite de la transition écologique
- Ministère de l’Intérieur, BANATICSM du bassin de l’Epte
- Le ParisienUn village de l’Eure se plaint des nuisances sur la rive d’en face, côté Val-d’Oise : un problème kafkaïen difficile à régler