
Depuis plusieurs jours, des poissons morts sont retirés du lac d’Enghien-les-Bains. Le SIARE a confirmé l’épisode le 4 août et attribue cette mortalité à une combinaison de chaleur, d’ensoleillement, de nutriments et de cyanobactéries, qui fait chuter l’oxygène disponible. Le syndicat poursuit le ramassage, mais n’a publié ni bilan chiffré ni relevé récent de la qualité de l’eau.
L’événement survient six ans après la grande crise d’août 2020. Plus de 12,5 tonnes de poissons avaient alors été ramassées en quatre jours. L’eau avait atteint 28 °C et son taux d’oxygène dissous était descendu à 4,7 mg/l. Depuis, le lac a été équipé et plusieurs ouvrages ont été réalisés en amont. Chacun répond à une fragilité précise, avec des limites connues.
Le lac d’Enghien couvre 44 hectares pour seulement 1,3 mètre de profondeur moyenne. Placé au point bas de la vallée de Montmorency, il reçoit les eaux de plusieurs rus descendant de la forêt, ainsi que les eaux pluviales d’un bassin très urbanisé. Lors des périodes chaudes et sèches, les ruisseaux apportent moins d’eau fraîche et le lac se renouvelle mal. Les mauvais branchements d’assainissement et le ruissellement sur les rues, les toitures et les parkings ajoutent des nutriments et des polluants qui favorisent les cyanobactéries.
Depuis 2020, les interventions portent sur le lac lui-même, les eaux qui l’alimentent et ses berges. Six hydro-éjecteurs et six aérateurs ont été installés en 2021 pour créer des zones mieux oxygénées où les poissons peuvent se réfugier. Une étude du SIARE estimait qu’il faudrait plus d’une centaine d’appareils pour aérer l’ensemble du lac. Ces douze équipements ne créent donc que des refuges locaux dans les 500 000 m³ d’eau du plan d’eau.
Le principal investissement se trouve aux Cressonnières, à Saint-Gratien. Ce bassin reçoit environ 70 % des eaux de surface qui alimentent le lac. Son réaménagement, achevé en 2023 pour plus de 7 millions d’euros hors taxes, retient les déchets et les sédiments, dévie certaines pollutions vers le réseau d’eaux usées et fait passer l’eau par des jardins filtrants. Il traite ce qui arrive au lac, plutôt que d’intervenir une fois les poissons en difficulté.
La restauration des berges doit aussi rendre au lac une partie de ses capacités naturelles. Selon un diagnostic réalisé en 2017, 90 % d’entre elles étaient constituées de murs en béton ou en pierre. Une première section de 170 mètres vient d’être renaturée au lac Nord, à Soisy-sous-Montmorency, avec des pentes végétalisées capables de filtrer l’eau, d’apporter de l’ombre et d’abriter davantage d’espèces. Les travaux ont été achevés en juin 2026.
Ces aménagements ne remplissent pas la même mission. Les aérateurs offrent des refuges, les Cressonnières réduisent certaines pollutions en amont et les berges végétalisées restaurent lentement les capacités naturelles du milieu. Aucun ne peut remplacer les rus lorsqu’ils se tarissent ni empêcher une masse d’eau peu profonde de chauffer. Le territoire du SIARE était d’ailleurs placé en alerte renforcée à la mi-juillet, dans le prolongement des restrictions d’eau appliquées dans le Val-d’Oise.
Sans poids des poissons collectés ni mesures actuelles de température et d’oxygène, il est encore impossible de comparer cet épisode à celui de 2020. À Enghien, la résistance du lac se joue autant dans les aérateurs visibles depuis les rives qu’aux Cressonnières, dans les rus et dans les branchements d’assainissement des communes situées en amont.
Sources consultées
- SIAREMortalité piscicole : le SIARE agit pour préserver la biodiversité
- SIAREUne crise environnementale qui impose l’action
- SIARELutte contre les cyanobactéries au lac d’Enghien : que fait le SIARE ?
- SIAREInauguration du site des Cressonnières à Saint-Gratien
- SIAREAménagement écologique des berges du lac Nord
- SIAREMesures temporaires de limitation de certains usages de l’eau