
À Jouy-le-Moutier, l’ancien campus Veolia du château d’Écancourt se retrouve dans une situation peu fréquente : le site de formation a fermé, le domaine est commercialisé, et la commune essaie de cadrer l’avenir d’un morceau entier du hameau sans en être propriétaire.
Le CEEVO a participé début juillet à une visite du domaine avec Cergy-Pontoise, la Région Île-de-France et Choose Paris Region. Veolia a confié sa commercialisation à Colliers. L’ensemble est de taille inhabituelle : 8 hectares, 11 parcelles, environ 16 500 m² bâtis, un château, un auditorium de près de 500 places, un second amphithéâtre, des salles de formation, un gymnase, un restaurant, un pôle technologique de plus de 2 500 m² et plus de 300 places de stationnement. La capacité d’hébergement, elle, n’est pas décrite de la même manière selon les documents : environ 150 places dans la concertation du PLU, 300 chambres dans la présentation du CEEVO.
Pendant plus de trente ans, Écancourt a été autre chose qu’un bel objet immobilier. Veolia y formait des apprentis et des salariés aux métiers de l’eau, des déchets, de l’énergie et de la propreté. En 2021, le groupe évoquait 110 employés et 500 alternants formés chaque année. L’Annuaire des entreprises indique que l’établissement du château d’Écancourt, consacré à la formation continue d’adultes, a fermé le 14 mars 2025.
La question, maintenant, n’est pas seulement de remplir des bâtiments vides. Selon le repreneur, le hameau peut retrouver un campus, accueillir des bureaux, des séminaires, une activité de recherche ou un ensemble beaucoup plus fermé. Dans ce type de dossier, la commune ne choisit pas le futur propriétaire. Elle peut en revanche fixer des règles, acheter certaines pièces du puzzle et protéger ce qui doit rester ouvert ou fragile.
Jouy-le-Moutier a choisi cette voie pour le cœur du domaine. La révision du PLU, approuvée le 20 novembre 2025, a créé une zone UH pour l’ancien site Veolia. Le document communal dit clairement que la destination du site doit évoluer après le départ du campus, et que ce zonage vise à permettre le renouvellement de l’activité sur place. Il protège aussi le château d’Écancourt au titre du patrimoine, et la lisière en contact avec le massif de l’Hautil a été signalée comme espace vert à préserver pendant la concertation.
La ville a aussi acheté aux abords. En octobre 2024, le conseil municipal a approuvé l’acquisition de huit parcelles appartenant à Veolia, surtout naturelles ou boisées, autour de la Ferme d’Écancourt : 81 447 m² au total, pour 170 000 euros, contre une estimation domaniale de 190 300 euros. Plusieurs de ces terrains étaient déjà utilisés par la ferme ou concernés par le périmètre des espaces naturels sensibles du Département. L’opposition municipale a demandé pourquoi ne pas laisser le Département acheter. La majorité a répondu par la maîtrise directe : la ville possède les murs de la ferme et veut tenir aussi les terres qui l’entourent.
C’est ce que raconte Écancourt, au-delà de l’adresse et du château : quand un grand site privé se libère, une commune ne reprend pas forcément la main sur tout. Elle cadre les usages, sécurise les marges, protège les pièces sensibles, puis attend un projet assez solide pour redonner une fonction au lieu. À Écancourt, le futur propriétaire aura les clés du domaine ; la commune, elle, garde le PLU et les terres autour de la ferme.
Sources consultées
- CEEVOOpportunité : Visite du CEEVO sur le Domaine de Jouy-le-Moutier – Château d’Écancourt
- Ville de Jouy-le-MoutierPlan local d’urbanisme (PLU)
- Ville de Jouy-le-MoutierProcès-verbal du conseil municipal du 10 octobre 2024
- Direction départementale des Finances publiques du Val-d’OiseAvis du Domaine sur la valeur vénale, terrains Veolia
- Annuaire des EntreprisesÉtablissement Campus Veolia Environnement à Jouy-le-Moutier
- Campus VeoliaLe Campus de Jouy-le-Moutier, un lieu unique pour former à la transformation écologique