La forêt de Montmorency est désormais classée “forêt de protection”. Par un décret signé le 30 mars 2026 et publié au Journal officiel le 1er avril, l’État place environ 2 154 hectares du massif sous l’un des régimes fonciers les plus protecteurs du droit forestier français.
La décision concerne des parties de 15 communes du Val-d’Oise, d’Andilly à Taverny, en passant par Montmorency, Saint-Leu-la-Forêt, Domont ou Bouffémont. Elle ne crée pas un parc, ne lance pas un chantier, ne promet pas un nouvel équipement. Elle fait autre chose, moins visible mais décisif dans un département serré entre ville dense, voies de circulation et pression immobilière : elle fixe juridiquement la vocation forestière du massif.
Dans le code forestier, le classement en forêt de protection interdit tout changement d’affectation ou mode d’occupation du sol qui compromettrait la conservation des boisements. Dit simplement : le sol de la forêt n’est plus une réserve disponible pour demain, au gré d’un projet, d’une route, d’un équipement ou d’un morceau d’urbanisation jugé commode. Le classement ne protège pas seulement des arbres. Il protège la continuité d’un espace forestier aux portes de l’agglomération parisienne.
C’est ce qui rend la décision plus forte qu’un label environnemental. La forêt de Montmorency rejoint un petit groupe francilien : elle devient la 8e forêt classée de protection en Île-de-France, après Fontainebleau, Rambouillet, Sénart, Fausses-Reposes, l’Arc boisé du Val-de-Marne, Saint-Germain-en-Laye et Bondy. Le ministère de la Transition écologique évoque près de 5 millions de visites par an. L’ONF parle, lui, de la forêt la plus fréquentée du Val-d’Oise.
Mais ce statut ne transforme pas le massif en décor intouchable. C’est même l’un des points à bien comprendre. La forêt de Montmorency a besoin d’être protégée contre l’urbanisation, tout en restant gérée activement. L’ONF, qui gère 95 % de la surface classée selon le ministère, continuera d’y organiser l’accueil du public, la gestion écologique et la production de bois.
Cette précision compte, car le massif est aussi une forêt malade. Les châtaigniers, qui représentent environ 70 % des peuplements de la forêt domaniale, sont touchés par la maladie de l’encre, un pathogène qui attaque les racines. Le massif a été diagnostiqué en crise sanitaire depuis 2018. Selon l’ONF, plus de 500 hectares étaient atteints en 2022. Il n’existe pas de traitement ; les arbres morts ou dépérissants doivent être coupés, notamment près des chemins, parkings et aires d’accueil, puis remplacés par des essences plus variées et mieux adaptées.
Le classement arrive donc à un moment paradoxal : on protège plus strictement une forêt qui, sur le terrain, continuera parfois à changer de visage. Des trouées, des coupes sanitaires, des plantations de chênes, d’érables, d’alisiers ou de tilleuls resteront possibles. Elles ne contredisent pas le nouveau statut, tant qu’elles relèvent d’une gestion durable ou d’autorisations encadrées. Le décret le dit clairement : les coupes et travaux sont interdits, sauf notamment lorsqu’ils sont suivis d’une régénération naturelle ou d’une replantation dans le cadre de cette gestion.
La vraie portée du classement est donc territoriale. Dans le Val-d’Oise, une forêt périurbaine n’est pas seulement un paysage agréable entre deux communes. C’est une infrastructure de respiration, de fraîcheur, de sols vivants, de promenade et de continuité écologique. La décision de 2026 dit que cette fonction doit primer durablement sur d’autres usages possibles du foncier.
Il aura fallu une enquête publique en 2022, un travail de concertation sous l’autorité du préfet et près de quatre ans pour aboutir au décret. Le résultat n’empêchera ni les arbres de tomber, ni les débats sur les coupes, ni les conflits d’usage du week-end. Mais il fixe une règle robuste : autour du château de la Chasse, des crêtes boisées et des chemins très fréquentés, la forêt de Montmorency doit rester une forêt.
Sources consultées
- LégifranceDécret n° 2026-235 du 30 mars 2026 portant classement comme forêt de protection de la forêt de Montmorency
- LégifranceCode forestier, articles L141-1 à L141-3
- Ministère de la Transition écologiqueL’État protège durablement la forêt de Montmorency, grand massif naturel du Val-d’Oise et du Nord francilien
- ONFDes coupes et des plantations pour reconstituer la forêt domaniale de Montmorency atteinte par la maladie de l’encre