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Saint-Denis : la maison Coignet, pionnière du béton, aux enchères après un classement imposé

Construite dès 1853, la maison Coignet est mise aux enchères à 1,26 million d'euros après son classement d'office et des années de mobilisation pour sa sauvegarde.

Illustration de la maison Coignet

À Saint-Denis, l’une des premières maisons en béton au monde est mise en vente les 3 et 4 novembre, à partir de 1,26 million d’euros. Derrière son échafaudage de protection, la maison Coignet est au centre d’une longue bataille patrimoniale. L’État l’a classée monument historique malgré l’absence d’accord de son propriétaire. Selon l’association qui défend le bâtiment, la vente a ensuite été annoncée à la surprise des participants aux discussions sur sa sauvegarde.

Au 72, rue Charles-Michels, près de la Seine, cette demeure du XIXe siècle a pourtant été construite pour montrer ce que permettait un matériau nouveau.

Une invention née des cendres de l’usine

En 1853, l’industriel lyonnais François Coignet installe à Saint-Denis une usine de colles et d’engrais. Il expérimente un matériau fabriqué notamment à partir de cendres de charbon, de terre argileuse et de chaux, comprimées dans des coffrages.

Coignet veut construire des bâtiments entiers avec ce béton aggloméré, à une époque où la pierre et la brique dominent encore l’architecture.

Sa maison de maître sert de démonstration. Elle conserve les formes d’une demeure bourgeoise classique, mais ses murs sont réalisés avec le nouveau procédé. Coignet veut prouver qu’il est possible de construire plus vite et à moindre coût sans renoncer à l’apparence des bâtiments traditionnels.

De cet ensemble industriel subsistent plusieurs bâtiments, dont un ancien immeuble destiné aux ouvriers. Celui-ci a été réhabilité en 58 logements en 2016. La maison du directeur, en revanche, s’est progressivement délabrée.

L’État intervient contre l’avis du propriétaire

Emmanuel Sala, descendant de François Coignet, découvre ce contraste entre les logements ouvriers restaurés et la demeure familiale en ruines. Il raconte avoir alors éprouvé la responsabilité de défendre cet héritage. En 2015, il participe à la création de l’association La Maison Coignet.

Pendant des années, celle-ci cherche une solution avec le propriétaire, la société Saria, et les collectivités. Sans parvenir à débloquer la restauration.

La maison était inscrite aux monuments historiques depuis 1998. Devant sa dégradation, le ministère de la Culture engage une procédure exceptionnelle de classement d’office.

Le décret du 8 février 2024 est explicite : Saria a été sollicitée à quatre reprises entre 2022 et 2023, sans donner son accord au classement. Après examen par le Conseil d’État, le gouvernement protège néanmoins la maison, son terrain et le mur soutenant sa terrasse sur la Seine.

En 2026, des travaux conservatoires sont enfin engagés. Un immense échafaudage recouvert d’une bâche blanche vient protéger la demeure des intempéries. Après onze ans de mobilisation associative, le bâtiment bénéficie d’un premier dispositif de sauvegarde.

Une vente annoncée au milieu des discussions

Mais le 11 septembre, lors d’une réunion en sous-préfecture réunissant les acteurs de la sauvegarde, un représentant de Saria annonce que la maison a été mise en vente.

Selon Emmanuel Sala, interrogé quelques jours plus tard par Le Blog de Saint-Denis, les autres participants n’en avaient pas été informés. L’association, qui espérait avancer vers un projet de réhabilitation, découvre ainsi qu’un nouvel acquéreur pourrait décider de l’avenir du bâtiment.

La vente notariale interactive porte sur une demeure très dégradée de 858 m², implantée sur une parcelle de 2 993 m². La mise à prix est fixée à 1,26 million d’euros, sans préjuger du prix de vente final. Après réception des propositions, le vendeur choisira celle qu’il souhaite retenir.

Les personnes intéressées peuvent consulter l’annonce et les modalités de participation à la vente.

Le futur propriétaire devra aussi respecter les règles liées au classement : les travaux sur ce monument sont soumis au contrôle de l’État. Et le prix d’acquisition ne dit rien du coût d’une restauration complète.

L’association a imaginé un temps un lieu consacré à l’écoconstruction, en écho aux expériences de François Coignet. Aucun projet de reconversion n’est toutefois arrêté. Les raisons de la vente et les intentions du futur acquéreur restent déterminantes pour la suite.

Rue Charles-Michels, la bâche blanche protège le béton de 1853 contre la pluie. Pour retirer un jour cet échafaudage, il faudra encore financer la restauration.

Sources consultées
  1. Légifrance / Journal officielDécret du 8 février 2024 portant classement au titre des monuments historiques de la maison Coignet
  2. Département de la Seine-Saint-DenisAncienne usine de produits chimiques Coignet, actuellement Saria SAS
  3. Ministère de la CultureLa maison du directeur de l'ancienne usine Coignet, notice Mérimée PA93000010
  4. Le Blog de Saint-DenisEntretien avec Emmanuel Sala, descendant de François Coignet
  5. Enchères Publiques / Office notarial Daudruy & AssociésUne maison de maître de 858 m² située rue Charles Michels à Saint-Denis