
Mercredi 28 octobre, une visite gratuite reliera le Mémorial de la Shoah de Drancy à l’ancienne gare de déportation de Bobigny. Quelques kilomètres séparent ces deux lieux. Entre juillet 1943 et l’été 1944, les Juifs internés au camp de Drancy étaient conduits en autobus jusqu’à cette gare, avant leur déportation. Le parcours proposé mercredi raconte cette histoire à travers les œuvres de deux femmes qui l’ont vécue : Hélène Berr et Charlotte Salomon.
À l’époque, les autobus quittaient la cité de la Muette par la route des Petits-Ponts, aujourd’hui avenue Henri-Barbusse. Ils entraient dans l’enceinte ferroviaire par une rampe d’accès, traversaient une cour, puis rejoignaient les trains près de la halle à marchandises. En treize mois, 21 convois sont partis de Bobigny, emportant quelque 22 500 Juifs, principalement vers Auschwitz-Birkenau.
Parmi eux, deux jeunes femmes qui avaient trouvé des moyens très différents de raconter leur existence.
À Drancy, le journal d’Hélène Berr
La première étape se déroule face à la cité de la Muette, transformée en camp d’internement pendant l’Occupation.
La comédienne Maud Landau y lira des extraits du Journal d’Hélène Berr. Étudiante à la Sorbonne, passionnée de littérature et de musique, cette Parisienne avait consigné entre avril 1942 et février 1944 ses lectures, ses amitiés, ses espoirs et la persécution grandissante des Juifs.
Arrêtée avec ses parents le 8 mars 1944, elle fut internée à Drancy, puis déportée depuis Bobigny le 27 mars, jour de son 23e anniversaire. Elle mourut à Bergen-Belsen en avril 1945.
Son journal raconte la persécution à hauteur d’une existence quotidienne : celle d’une jeune femme qui continuait à lire, aimer et observer les autres, tout en voyant son monde se refermer.
À Bobigny, une vie peinte et mise en musique
Après une première visite d’environ 1 h 15, le groupe rejoindra en transports en commun le Mémorial de l’ancienne gare de déportation de Bobigny.
Là, une déambulation poétique et sonore sera consacrée à Charlotte Salomon, artiste juive allemande réfugiée dans le sud de la France. Avant son arrestation, elle avait confié à un médecin un ensemble exceptionnel de gouaches, de textes et d’indications musicales : Vie ? ou Théâtre ?
Dans cette œuvre foisonnante, proche par certains aspects d’un roman graphique, Charlotte Salomon raconte son enfance berlinoise, sa famille, la montée du nazisme et son exil. Déportée depuis Bobigny le 7 octobre 1943, elle fut assassinée à Auschwitz à 26 ans.
Une exposition consacrée à Charlotte Salomon est présentée au mémorial de Bobigny depuis mai et jusqu’au 20 décembre. Des élèves de terminale du lycée Louise-Michel ont participé à sa conception et à sa scénographie, dans la ville même d’où l’artiste fut déportée.
Un parcours gratuit, sur réservation
Le rendez-vous est fixé mercredi 28 octobre à 14 h au Mémorial de la Shoah de Drancy, 110-112 avenue Jean-Jaurès.
Les deux visites durent chacune environ 1 h 15. Il faut ajouter le trajet accompagné en bus entre les deux sites, qui nécessite un titre de transport ou un forfait Navigo.
Le parcours est gratuit, mais limité à 30 participants. Au 27 octobre, la plateforme ExploreParis indiquait encore des places disponibles. La réservation est obligatoire sur la billetterie du Mémorial de la Shoah.
La visite s’achèvera à l’ancienne gare de Bobigny, au 151 avenue Henri-Barbusse, sur cette ancienne route des Petits-Ponts qu’empruntaient les autobus venus de Drancy.
Sources consultées
- Mémorial de la ShoahDestins croisés : Hélène Berr et Charlotte Salomon
- Ministère des Armées, Chemins de mémoireBobigny : des traces au lieu de mémoire, par l'historien Thomas Fontaine
- Mémoires en réseau, Département de la Seine-Saint-DenisGare de Bobigny, lieu de déportation des Juifs de France 1943-1944
- Mémorial de la ShoahHélène Berr, une vie confisquée
- Seine-Saint-Denis TourismeExposition Charlotte Salomon