
Au sous-sol du tribunal judiciaire de Bobigny, 17 mineurs ont été retenus dans la nuit du 20 au 21 octobre sans matelas. Plusieurs tremblaient de froid. L’un d’eux dit ne pas avoir réussi à dormir, faute de pouvoir s’allonger sur sa banquette en béton. Des matelas avaient pourtant été achetés, et les conditions du dépôt dénoncées à plusieurs reprises.
Mercredi matin, entre 6 h 20 et 7 h 35, quatre avocats mandatés par la bâtonnière de Seine-Saint-Denis ont inspecté huit cellules. Leur rapport de 18 pages décrit des adolescents enveloppés dans des couvertures de survie, des déchets que plusieurs occupants disent avoir trouvés à leur arrivée et des difficultés pour accéder aux toilettes. Dans une cellule, deux mineures manquaient de protections périodiques adaptées. L’une a donné une protection périodique à l’autre.
Le dépôt accueille les personnes conduites au tribunal après une garde à vue ou transférées depuis une prison pour comparaître. Environ 14 000 personnes y passent chaque année. Ce lieu de transit compte 33 cellules, dont sept individuelles et deux collectives dans le secteur réservé aux mineurs.
Des matelas achetés, mais non distribués
En janvier 2026, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) avait déjà constaté l’absence de matelas et de couvertures, ainsi que des banquettes trop courtes pour dormir. Son rapport, publié en juillet, relevait que le dépôt n’avait pratiquement pas changé depuis 2021.
Des matelas étaient alors commandés. Dans leurs observations annexées au rapport, les responsables judiciaires précisent ensuite en avoir acheté grâce au budget de fonctionnement du tribunal. Mais, selon eux, leur dégradation par certains occupants avait conduit à suspendre leur distribution. Du matériel lavable avait été acquis et le contrat de nettoyage adapté.
Neuf mois après l’inspection, le service a déclaré aux avocats disposer de dix matelas, attribués aux premiers arrivés. Le 20 octobre, 86 personnes avaient été retenues au dépôt. Aucun des 17 mineurs rencontrés le lendemain matin n’avait bénéficié d’un matelas.
Les achats n’ont donc pas suffi à garantir la disponibilité de cet équipement élémentaire au moment où les mineurs en avaient besoin.
Le parquet limite désormais les nuits des mineurs
Le procureur Alexandre de Bosschère reconnaît que les conditions d’accueil de ces adolescents étaient inacceptables. Il explique leur arrivée nocturne exceptionnelle par une procédure commune concernant 14 d’entre eux, soupçonnés de vol aggravé dans un commerce de Saint-Denis.
Depuis 2025, le parquet s’était engagé à éviter les nuits de mineurs au dépôt, sauf circonstances exceptionnelles. La procédure du 20 octobre est présentée comme telle par le procureur. Celui-ci conteste également l’interprétation de certaines photographies montrant des mineurs regroupés dans une cellule individuelle : selon lui, elles ont été prises pendant le nettoyage matinal, qui impose des déplacements entre cellules.
Après une réunion avec les représentants du barreau et les responsables du tribunal, de nouvelles consignes ont été annoncées. Les cellules individuelles destinées aux mineurs, jugées trop petites, ne pourront plus être utilisées la nuit. Seules les deux cellules collectives pourront désormais les accueillir la nuit, avec des matelas et des oreillers. Le parquet promet aussi de réserver les présentations nocturnes aux situations exceptionnelles.
Un nouveau dépôt à l’horizon 2030
Le fonctionnement du dépôt dépend de plusieurs administrations. La préfecture de police organise la surveillance et les escortes. Le ministère de la Justice est responsable des bâtiments. Les magistrats organisent les présentations judiciaires.
Début 2026, le tribunal avait demandé près d’un million d’euros pour des travaux, notamment sur les sanitaires et les salles d’entretien. Le ministère n’avait pas encore répondu lors du contrôle. Selon l’AFP, des travaux liés à l’extension du tribunal doivent commencer en novembre 2026. Le projet prévoit un nouveau dépôt à l’horizon 2028-2030.
Lors de l’inspection de janvier, les deux cellules collectives désormais réservées aux nuits des mineurs étaient elles-mêmes dépourvues de toilettes, de point d’eau et de bouton d’appel. C’est dans ces cellules que les prochains adolescents retenus de nuit à Bobigny devront pouvoir se reposer dans des conditions dignes.
Sources consultées
- Barreau de Seine-Saint-DenisRapport de visite du dépôt de Bobigny en date du 21 octobre 2026
- Contrôleur général des lieux de privation de libertéRapport de visite du tribunal judiciaire de Bobigny et des commissariats de Bobigny et des Lilas, janvier 2026
- TV5MONDE / AFPNuit « indigne » pour des mineurs déférés à Bobigny, le parquet admet des manquements
- Assemblée nationale / ministère de l'IntérieurQuestion écrite n° 11340, Mesures pour le dépôt du tribunal judiciaire de Bobigny