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Atacadão à Aulnay : le magasin qui devait conquérir la France n'a pas atteint ses objectifs

En 2024, Carrefour espérait attirer jusqu'à 7 000 clients par jour dans son premier Atacadão français. Ils n'étaient que 3 400 en moyenne en 2025. À O'Parinor, le concept pourrait changer.

Illustration - rayonnages d'un magasin discount

À Aulnay-sous-Bois, le premier Atacadão de France devait ouvrir la voie à une nouvelle génération de magasins discount. Deux ans après son inauguration à O’Parinor, Carrefour réexamine l’expérience. Le groupe français a confirmé au magazine LSA, le 7 octobre, travailler sur plusieurs scénarios d’adaptation du magasin, avec une décision attendue cet automne.

Les chiffres expliquent cette remise en question. À l’ouverture, en juin 2024, Carrefour tablait sur 6 000 à 7 000 clients quotidiens. En 2025, première année complète d’exploitation, Atacadão en a accueilli 3 400 en moyenne. Environ la moitié de la fréquentation espérée.

Des palettes et un panier moyen visé de 90 euros

Atacadão n’était pas simplement un hypermarché Carrefour rebaptisé. Sur quelque 9 000 m² de surface de vente, les rayonnages classiques ont cédé la place à des racks d’entrepôt, des palettes et des conditionnements volumineux. On y trouvait notamment des sacs de riz de 20 kg. L’assortiment, limité à environ 13 000 références permanentes à l’ouverture, privilégiait les volumes et la réduction des coûts de manutention.

Le principe : acheter davantage pour payer moins cher à l’unité. Une formule qui a fait ses preuves au Brésil et au Maroc, mais dont le succès repose sur une combinaison particulière de clients.

Carrefour voulait séduire simultanément les familles et les professionnels, notamment les restaurateurs et les petits commerçants. À l’ouverture, les professionnels étaient censés représenter à terme 30 à 40 % de la clientèle. Le panier moyen visé atteignait 90 euros, avec des hypothèses de 150 euros pour un professionnel et 60 euros pour un particulier, selon les chiffres recueillis à l’époque par Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution.

En combinant ces hypothèses de fréquentation et de dépenses, celui-ci estimait que le magasin pouvait dépasser 150 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

En 2025, Atacadão a réalisé 729 millions de dirhams de ventes, soit environ 68 millions d’euros, selon les chiffres présentés en mai 2026 par Retail Holding et LabelVie.

Les professionnels achètent, la fréquentation déçoit

Le problème n’est pourtant pas simplement que les Français auraient refusé d’acheter en gros.

En juin 2025, un reportage du Parisien indiquait que les professionnels représentaient environ 40 % du chiffre d’affaires du magasin. Ce taux concerne les ventes, pas les visiteurs : il ne permet donc pas de déterminer si Carrefour avait atteint son objectif initial de clientèle professionnelle.

L’équilibre recherché restait difficile à atteindre. Le même espace devait satisfaire un restaurateur achetant plusieurs cartons de marchandises et une famille venue préparer ses repas de la semaine. Les prix dégressifs favorisent les gros achats, tandis que la fréquentation régulière dépend aussi de la variété des produits, des quantités proposées et de la facilité des courses.

Les données publiées ne permettent pas d’identifier précisément ce qui a freiné les achats des particuliers ou des professionnels. Elles établissent en revanche que la fréquentation globale est restée très inférieure aux attentes.

Une expérience nationale, une décision locale

Le test n’était pas conduit par Carrefour seul. La société exploitante RH Aulnay est détenue à 55 % par Retail Holding, partenaire marocain du distributeur, et à 45 % par Carrefour.

Dans sa présentation aux investisseurs de mai 2026, Retail Holding qualifiait toujours Atacadão France de projet pilote. Le déploiement dans d’autres magasins était expressément subordonné à la validation du modèle.

La nature de l’adaptation envisagée n’est pas arrêtée. Un retour à un hypermarché traditionnel ou à un Carrefour Market figure parmi les hypothèses évoquées par les syndicats, mais aucune conversion ni fermeture n’a été annoncée.

Pour les 223 salariés recensés dans la présentation de Retail Holding, l’incertitude est immédiate. Le délégué CFDT Erwanig Le Roux a fait part à actu Paris de ses inquiétudes concernant leur avenir et le manque d’informations communiquées.

À O’Parinor, le pari d’importer une formule éprouvée à l’étranger n’a pas atteint ses objectifs. La décision attendue cet automne devra désormais fixer ce que deviendront les rayons, l’enseigne et les emplois du magasin d’Aulnay.

Sources consultées
  1. Retail Holding et LabelVieRetail Holding and LabelVie: An integrated group driving a new growth trajectory, mai 2026
  2. Groupe CarrefourConsolidated financial statements as of December 31, 2024
  3. Olivier DauversDécouvrez le 1er Atacadao (Carrefour) français à Aulnay-sous-Bois
  4. Le Parisien« Au moins, on n’attend pas trop en caisse » : le démarrage poussif d’Atacadaõ, le discounteur de Carrefour
  5. LSAAtacadão : l’avenir du magasin discount test de Carrefour en France se jouera cet automne
  6. Ouest-France avec NewsGene, d'après actu Paris« Le test n’était pas à la hauteur » : en Seine-Saint-Denis, le magasin hard discount de Carrefour sur la sellette