
Depuis le 22 septembre, on peut déjeuner au milieu des cultures sur le toit des Arcades, à Noisy-le-Grand. Ma Salade à Toit occupe 5 000 m² de la dalle Gustave-Courbet. L’entreprise indique en cultiver effectivement 1 700 m² en maraîchage. Huit salariés travaillent aujourd’hui sur le site, entre production, cuisine et autres activités.
Ce toit n’était pourtant pas un champ en attente d’être planté. La viabilisation préalable du site a coûté 2,8 millions d’euros, selon la Ville, avec le soutien de l’État, de la Métropole du Grand Paris et de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. Ces travaux ont notamment permis d’adapter une toiture existante à la culture maraîchère. L’entreprise a ensuite pris en charge ses propres aménagements. Selon ses dirigeants interrogés par l’AFP, cet investissement représente 1,5 million d’euros, financé par des aides et de l’emprunt.
Le foncier complète ce montage. La convention d’occupation du domaine public court pendant 18 ans. Elle prévoit une redevance annuelle de 4 000 euros, à laquelle s’ajoute une part variable liée au chiffre d’affaires, plafonnée à 8 000 euros. Les financements publics ont donc permis l’adaptation du site, tandis que l’exploitant dispose d’une longue période pour amortir ses installations et supporte le risque de l’exploitation.
Cela explique aussi pourquoi la ferme ne vit pas seulement de légumes. La Ville affichait avant l’ouverture des objectifs de neuf tonnes de fruits et légumes et de 52 000 repas par an. Le restaurant doit cependant acheter ailleurs le blé, les œufs, les fromages et les autres produits qui ne peuvent pas sortir du toit. Ma Salade à Toit ajoute les livraisons aux entreprises, les ateliers, les événements et l’accueil de groupes. Aucun chiffre de production réalisée, de chiffre d’affaires ou de rentabilité n’est encore public.
Cette diversification n’est pas propre à Noisy-le-Grand. L’Association française de l’agriculture urbaine constate que, sur de petites surfaces urbaines, la vente de la production suffit rarement à faire vivre seule une structure. Transformation alimentaire, restauration, formation ou animation deviennent alors des sources de revenus à part entière. Ma Salade à Toit apparaît d’ailleurs dans les travaux de l’association comme un exemple de ce modèle hybride.
Le toit ajoute ses propres contraintes. L’une des exploitantes a indiqué à l’AFP y observer, sous l’effet de la réverbération des immeubles, des températures de 3 à 5 °C supérieures à celles rencontrées au sol, avec des pertes de cultures pendant l’été 2026. C’est un constat de terrain rapporté par l’entreprise, pas une mesure climatique indépendante.
Noisy-le-Grand fournit aussi un premier terrain d’expérience avant un projet beaucoup plus vaste. Ma Salade à Toit a été sélectionnée pour exploiter une partie de la toiture du centre d’exploitation de la future ligne 15 à Champigny-sur-Marne. Le bâtiment y a été conçu dès l’origine pour accueillir l’agriculture, contrairement aux Arcades qu’il a fallu adapter. Sur cette toiture de deux hectares, l’entreprise vise 15 à 25 tonnes de fruits et légumes par an, avec une ouverture au public annoncée pour le printemps 2027.
Les prochaines récoltes, la fréquentation du restaurant et les débouchés commerciaux diront ce que produit réellement, dans la durée, une dalle urbaine après plusieurs millions d’euros de travaux et sa transformation en ferme.
Sources consultées
- Ville de Noisy-le-GrandNoisy-le-Grand le mensuel, n°330, avril 2026
- Ville de Noisy-le-GrandRapport de situation en matière de développement durable 2024
- AFPEntre les immeubles, une ferme en quête de rentabilité et de lien
- Association française de l’agriculture urbaine professionnelleNeuf idées reçues sur l’agriculture urbaine
- Société des grands projetsMagazine Ligne 15 Sud, décembre 2025