
Ce jeudi 24 septembre, Paul Bert Serpette fête ses 80 ans. À partir de 19 heures, ses allées et ses 425 stands accueillent une nocturne ponctuée d’expositions et d’une scénographie inspirée du Tour du monde en 80 jours. Mais l’anniversaire raconte surtout la distance parcourue depuis les premières baraques de brocanteurs de l’après-guerre.
En 1946, la famille Poré possède un terrain rue Paul-Bert et en loue une partie à des marchands. Ceux-ci construisent eux-mêmes leurs échoppes, s’organisent en association et participent à l’aménagement progressif des allées. Les installations de fortune laissent place à des bâtiments en dur à partir des années 1950. Le marché n’est pas né d’un projet culturel dessiné d’avance : il s’est fabriqué par morceaux, avec ceux qui y travaillaient.
Serpette arrive un quart de siècle plus tard. Au début des années 1970, l’antiquaire Alain Serpette transforme un ancien garage voisin en marché couvert comptant progressivement environ 120 stands. Les deux ensembles finiront par être réunis. Paul Bert Serpette annonce aujourd’hui 14 000 m², quelque 350 antiquaires et 425 stands consacrés au mobilier, au design, à la mode, aux luminaires, à la sculpture ou aux objets décoratifs.
Dans les premières décennies, les marchands devaient aussi construire et aménager leur emplacement. Aujourd’hui, leur travail visible passe largement par la sélection, l’identification et la présentation des pièces. La nocturne des 80 ans joue précisément avec ce regard : certains stands accueillent des ensembles consacrés au design des années 1980, aux arts décoratifs ou au dessin, mêlés aux objets déjà proposés par les antiquaires.
Cette histoire s’inscrit dans celle, plus ancienne, des Puces de Saint-Ouen. Chiffonniers et récupérateurs s’étaient installés aux portes de Paris avant que les terrains ne s’organisent en marchés spécialisés. Paul Bert marque une autre étape de cette évolution : le passage progressif de la récupération et de la brocante vers un commerce d’antiquités et de design capable d’attirer collectionneurs, décorateurs et visiteurs bien au-delà de la Seine-Saint-Denis. La Ville estime aujourd’hui la fréquentation de l’ensemble des Puces à plus de cinq millions de visiteurs par an.
Les 80 ans ramènent aussi aux baraques, aux petites boutiques et aux allées qui ont façonné le lieu. Le marché reste organisé en une succession de boutiques et de passages héritée de ses transformations successives, derrière les meubles signés, les luminaires du XXe siècle et les objets sélectionnés.
Ce jeudi soir, ce sont ces 425 stands qui servent de décor à l’anniversaire. Huit décennies après les premières baraques montées rue Paul-Bert, la chine continue de tenir ici dans une succession de vitrines, de passages et surtout de regards de marchands.