
Dans les cantines des collèges de Seine-Saint-Denis, les barquettes en plastique cèdent progressivement la place aux bacs en inox. Le Département chiffre à 45 tonnes par an les déchets plastiques ainsi évités. Mais passer du jetable au réemployable ne consiste pas simplement à changer de récipient : il faut organiser le retour, le lavage et la remise en circulation de milliers de bacs après les repas.
Pour cela, la Seine-Saint-Denis s’est branchée sur une infrastructure commune à plusieurs collectivités franciliennes. Semelog, dont l’usine de Villeneuve-la-Garenne a été inaugurée le 10 septembre, fournit les contenants, organise leur rotation, les lave, les contrôle, les stocke et assure leur traçabilité. Les collectivités utilisent donc un service complet plutôt que de posséder chacune leurs bacs et leur propre laverie industrielle.
L’échelle explique ce choix. En Seine-Saint-Denis, environ 29 000 repas sont servis dans les collèges. Sept cuisines centrales alimentent une partie des établissements, tandis que d’autres produisent leurs repas sur place. À Villeneuve-la-Garenne, Semelog a investi plus de 35 millions d’euros dans un site de 5 000 m² conçu, à terme, pour traiter 40 000 contenants par jour correspondant à 160 000 repas. En mai, l’Ademe indiquait que l’installation fonctionnait déjà pour 60 000 repas quotidiens, avec un palier de 90 000 visé en septembre.
La Seine-Saint-Denis n’est pas seulement cliente de cette chaîne. En novembre 2023, le Département a versé 461 800 euros pour acquérir 13,99 % du capital de Semelog et deux sièges à son conseil d’administration. Il est donc copropriétaire de l’outil auquel il confie une partie de sa transition vers les contenants réemployables.
Cette dépendance est le revers logique du réemploi. Une barquette jetable quitte la chaîne après le repas. Un bac inox doit repartir dans l’autre sens, être lavé puis revenir dans le circuit. Mutualiser cette opération évite d’équiper chaque cuisine d’une capacité industrielle de lavage et de stockage, mais ajoute des flux logistiques qu’il faut faire fonctionner tous les jours.
Depuis le 1er janvier 2025, la loi interdit les contenants alimentaires en plastique utilisés pour la cuisson, la réchauffe et le service dans la restauration scolaire, sauf exception pour les collectivités de moins de 2 000 habitants. Le Département indiquait pourtant encore le 31 août 2026 que le remplacement de l’ensemble de ses contenants alimentaires par de l’inox était en cours, dans une transformation annoncée jusqu’en 2028, sans préciser quels usages encore concernés relèvent de cette interdiction.
L’inauguration de Semelog donne ainsi une forme industrielle à une obligation qui pouvait sembler assez simple sur le papier. Pour qu’un collégien du 93 retrouve son déjeuner dans un bac réemployable, les contenants doivent désormais rejoindre la boucle logistique de Villeneuve-la-Garenne avant de revenir dans les cantines.
Sources consultées
- Conseil départemental de la Seine-Saint-DenisFin du plastique dans les cantines scolaires du territoire
- Conseil départemental de la Seine-Saint-DenisLa révolution des cantines
- Conseil départemental de la Seine-Saint-DenisParticipation au capital de la société d’économie mixte « SEMELOG »
- ADEME InfosBannir le plastique des cuisines centrales : la Semelog invente un modèle
- Ministère de la Transition écologiqueDéplacement de Mathieu Lefèvre dans les Hauts-de-Seine consacré à la fin des contenants de réchauffe dans la restauration collective
- LégifranceArticle L. 541-15-10 du code de l’environnement