
À Romainville, les Assises citoyennes de l’alimentation s’ouvriront avec le Festival des transitions gourmandes, du 23 au 27 septembre. Mais une partie de cette politique se joue déjà dans les cuisines scolaires. La commune produit désormais elle-même une partie des repas et veut décider, d’ici décembre 2027, jusqu’où étendre ses propres leviers sur l’alimentation.
La nouvelle cuisine des écoles Charcot-Barbusse en donne la mesure. Depuis cette rentrée, treize personnes y préparent jusqu’à 700 repas par jour : 400 servis sur place et, après les vacances d’automne, 300 destinés aux maternelles Charcot et Charlie-Chaplin, livrés en vélos cargo. Une décision municipale de février 2025 estimait à 1,88 million d’euros le projet de construction de cette cuisine, avec une demande de 1,3 million d’euros auprès de l’État et 534 406 euros restant à la charge de la Ville après les autres aides prévues.
Ce choix modifie surtout la manière dont fonctionne la restauration scolaire. Romainville est membre de Tables Communes, un syndicat intercommunal public qui prépare 43 000 repas par jour pour quinze communes. Produire à Charcot-Barbusse ne consiste donc pas à remplacer un prestataire privé par un service public : la Ville rapatrie chez elle une partie d’une production déjà publique mais mutualisée. Dans son rapport budgétaire 2025, elle estimait que cette baisse du recours à Tables Communes lui ferait économiser 210 000 euros par an en fonctionnement. C’est encore une prévision, pas une économie constatée.
L’arbitrage est intéressant. La mutualisation permet de produire beaucoup de repas dans de grandes cuisines centrales. Une cuisine municipale donne davantage de prise sur la préparation, les équipes, les livraisons et l’usage de produits frais, mais oblige aussi la commune à investir dans les locaux, le matériel et le personnel. Romainville expérimente ce modèle depuis 2023 à Maryse-Bastié et l’étend désormais à Charcot-Barbusse.
Les Assises vont élargir la question bien au-delà des écoliers. De septembre 2026 à décembre 2027, un comité de 20 à 30 habitants, commerçants, associations, jeunes et professionnels doit travailler sur quatre propositions déjà inscrites au programme municipal : une expérimentation de sécurité sociale de l’alimentation, une école populaire de cuisine, une ferme publique hors les murs et l’amélioration de l’offre alimentaire accessible aux habitants.
À Romainville, 24 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, dans une commune de 37 152 habitants. Une mairie ne fixe ni les prix des supermarchés ni les revenus des ménages. Elle peut en revanche agir sur les cantines et leurs tarifs, les marchés, certains locaux, les approvisionnements publics, l’aide alimentaire ou les équipements qu’elle finance. Romainville dispose déjà de plusieurs de ces leviers, de la Cité Maraîchère à l’Atelier Gourmand.
Les Assises partent donc d’une politique déjà engagée et doivent maintenant décider jusqu’où l’étendre. Le comité citoyen doit être installé en janvier 2027 et la Ville invite actuellement les habitants à proposer leur participation au comité. À la fin de 2027, il faudra surtout avoir tranché : quelles expériences financer, quels services faire fonctionner durablement et quels leviers municipaux Romainville veut réellement exercer à partir de 2028.
Sources consultées
- Ville de RomainvilleLes Assises : quinze mois pour construire une stratégie alimentaire
- Ville de RomainvilleÉcoles Charcot-Barbusse : une cuisine de production à la rentrée
- Ville de RomainvilleRapport d’orientations budgétaires 2025
- Tables CommunesQui sommes-nous ?
- InseeComparateur de territoires – Commune de Romainville