
Au lycée Maurice-Utrillo de Stains, la rentrée s’est faite avec un piquet de grève devant les grilles. Deux enseignantes présentes dans l’établissement depuis plus de vingt ans ont reçu le 28 août un courrier de l’académie de Créteil leur annonçant que le recteur envisageait de les muter « dans l’intérêt du service ». Aucune mutation définitive n’a été annoncée à ce jour.
Le 3 septembre, environ 60 à 70 personnels ont fait grève selon les médias présents, tandis qu’un rassemblement a réuni près de 200 personnes devant le lycée. Les syndicats CGT, CNT, FSU et SUD dénoncent une « sanction déguisée ». Interrogé par Citoyens.com, le rectorat indique suivre la situation mais refuse de commenter les mesures relevant de la situation administrative individuelle des personnels.
Le conflit ne commence pas avec ces deux courriers. Les enseignantes ont transmis des témoignages d’élèves concernant des propos et comportements présumés sexistes, sexuels et racistes attribués à un autre professeur. Une enquête administrative a été menée dans l’établissement en avril. Les syndicats contestent la manière dont elle a été conduite et estiment que les deux enseignantes sont désormais visées pour leur rôle dans ces signalements. Le rectorat n’a pas rendu publics les motifs précis pour lesquels leur changement d’affectation est envisagé.
Cette absence compte, car une mutation « dans l’intérêt du service » n’est pas en elle-même une sanction. L’administration peut l’utiliser lorsqu’elle estime que des tensions ou des dysfonctionnements nuisent au fonctionnement d’un service. Le juge administratif ne la considère comme une sanction déguisée que si une volonté de punir est établie et si la mesure porte atteinte à la situation professionnelle de l’agent. Faute de motivation publique du rectorat, il est impossible de savoir quel problème de fonctionnement le déplacement de ces deux enseignantes serait censé résoudre.
Le 25 août, trois jours avant les courriers adressés aux enseignantes de Stains, le ministère publiait une circulaire organisant à partir de cette rentrée une formation nationale contre les violences sexistes et sexuelles. Elle doit notamment apprendre aux personnels à repérer les situations préoccupantes, accueillir la parole et connaître les circuits de signalement internes ou judiciaires. Un protocole national diffusé depuis juillet détaille également la conduite à tenir lorsqu’un élève rapporte des violences.
Ce dispositif repose sur la confiance : des élèves doivent pouvoir parler, des adultes transmettre leur parole et l’institution la traiter. À Stains, ces mécanismes fonctionnent désormais dans un établissement où les signalements initiaux, l’enquête administrative et la gestion des personnels se sont entremêlés.
Les deux enseignantes doivent encore pouvoir consulter leur dossier avant qu’une décision soit prise. Le rectorat doit encore décider s’il les mute et n’a pas rendu public le motif précis qui pourrait justifier leur départ de Maurice-Utrillo.
Sources consultées
- Ville de StainsCommuniqué - Lycée Maurice Utrillo : les lanceuses d’alerte doivent être protégées, pas sanctionnées
- CGT Educ’action 93 / intersyndicale CGT-CNT-FSU-SUDViolences sexistes et sexuelles sur élèves, racisme : quand l’Académie de Créteil sanctionne les lanceuses d’alerte
- Le Café pédagogiqueMenace de mutation de deux professeures lanceuses d’alerte : le lycée Utrillo de Stains en grève
- Citoyens.comÀ Stains, deux enseignantes du lycée Utrillo menacées de mutation pour avoir lancé l’alerte sur des violences sexistes
- Ministère de l’Éducation nationaleFormer l’ensemble des personnels pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans le cadre de la mise en œuvre du programme EVAR-S
- Conseil d’État / LégifranceConseil d'État, 25 février 2013, n° 348964