
Charles Mérin est mort le 22 août, quelques jours après ses 104 ans. Sa dernière apparition publique remontait au 8 mai, à Bobigny, lors des cérémonies de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trop fatigué pour prendre lui-même la parole, il avait fait lire par sa sœur un texte sur le rôle des réfractaires au travail obligatoire dans la défaite de l’Allemagne nazie.
À vingt ans, à l’automne 1942, Mérin refuse une réquisition de travail pour l’Allemagne et entre dans la clandestinité. Après le Débarquement, il participe dans l’Yonne à des sabotages destinés à gêner l’arrivée de renforts allemands. Il procure aussi une fausse identité à sa mère. Son père, arrêté, est interné à Drancy puis déporté à Auschwitz, où il meurt.
Après-guerre, Mérin devient radio-navigant dans l’armée de l’air. En 1947, nouveau refus : il démissionne plutôt que d’accepter une affectation à Madagascar, alors en pleine insurrection contre la domination coloniale française. Lorsqu’il racontait cet épisode à Bonjour Bobigny en 2022, il en souriait encore : il s’était retrouvé « de nouveau réfractaire ».
Puis sa vie s’ancre durablement dans une ville. Installé à Bobigny en 1957, devenu représentant de commerce, il siège au conseil municipal communiste de 1971 à 1983. Le Département lui attribue notamment un travail autour du conservatoire et de la création de la médiathèque Elsa-Triolet. Son engagement se poursuit surtout dans le logement.
Pendant près de trente ans, Mérin milite à la Confédération nationale du logement de Seine-Saint-Denis et en devient l’un des dirigeants. Le Département souligne son action auprès de familles défavorisées et contre l’habitat indigne. En 2013, le décret qui le nomme chevalier de l’ordre national du Mérite le présente encore comme secrétaire d’une section d’une confédération pour le logement.
En 2022, Bonjour Bobigny le rencontre chez lui, dans son appartement du quartier Hector-Berlioz. À presque cent ans, il participe toujours aux réunions de l’amicale des locataires de la cité.
Quelques semaines plus tard, pour son centenaire, sa famille, ses voisins, des élus et ses compagnons de l’amicale se retrouvent à la mairie. Mérin remercie ceux qui ont « sacrifié leur grasse matinée », déclenchant les rires dans la salle. Puis revient cette phrase qu’il donnait aux jeunes générations : « Se battre contre les injustices, aller voter, et prendre part à la vie ! »
À Bobigny, il aura suivi ce programme pendant près de soixante-dix ans, jusque dans les réunions de locataires de la cité Hector-Berlioz.