
Les avis de taxe foncière 2026 commencent à arriver, mais il n’y a pas de vague nationale de hausses décidées par les maires. Sur 34 841 communes recensées par la DGFiP, 29 893, soit 85,8 %, ont reconduit leur taux sur le foncier bâti. 4 731 l’ont augmenté et 217 l’ont baissé. Au total, seuls 8,2 % des Français vivent dans une commune où le taux a progressé. À cela s’ajoute partout la revalorisation nationale de 0,8 % des valeurs locatives cadastrales, même lorsque la mairie n’a rien changé.
Les exceptions peuvent cependant être spectaculaires. À Drancy, le taux communal passe de 42,49 % à 48,49 %, six points de plus. À Clichy-sous-Bois, il monte de 32,89 % à 40,45 %, soit 7,56 points supplémentaires. Ce type de décision reste rare : parmi les communes ayant augmenté leur taux en 2026, 85 % sont restées sous deux points et seulement 110 ont ajouté entre cinq et dix points.
Ces hausses éclairent une transformation plus profonde des finances locales. Depuis la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, les communes ont récupéré la part départementale de taxe foncière sur le bâti. Un mécanisme de compensation corrige les écarts entre anciennes recettes de taxe d’habitation et nouveau produit foncier. Mais lorsqu’un conseil municipal relève son taux, le produit supplémentaire correspondant revient à la commune : la hausse reste bien une décision fiscale locale, avec une recette locale en face.
La taxe foncière a ainsi pris une place singulière. Son produit affecté aux communes est passé d’environ 17 milliards d’euros en 2018 à plus de 40 milliards en 2025, principalement à cause du transfert de la part départementale et de la progression des bases. À elle seule, elle représente désormais environ 90 % du produit de fiscalité directe locale perçu par les communes et l’équivalent d’environ 40 % de leurs recettes de fonctionnement. Le pouvoir fiscal municipal n’a donc pas disparu. Il s’est fortement concentré sur un impôt payé par les propriétaires et usufruitiers.
Cela ne signifie pas que les communes connaissent toutes la même situation budgétaire. En 2025, leurs dépenses de fonctionnement ont augmenté de 1,5 % et leurs recettes de 1,7 %. Leur épargne brute a progressé de 2,9 % au total, mais reculé de 0,9 % hors Paris. Les moyennes nationales ne suffisent donc pas à expliquer pourquoi une commune augmente son taux et sa voisine non.
Quand un déficit récurrent apparaît en fonctionnement, les choix sont pourtant assez contraints. Une commune ne peut pas emprunter pour combler ce trou : l’emprunt est réservé à l’investissement. Il faut donc trouver des économies durables, augmenter certaines recettes, modifier des tarifs ou des taux, ou réduire ce que la commune finance. Les investissements, eux, peuvent être reportés ou financés en partie par la dette.
Drancy en donne une version particulièrement nette. La Ville dit avoir supprimé 2,1 millions d’euros de dépenses courantes, notamment sur des manifestations, des places de crèche et les effectifs. Elle estimait qu’un peu plus de 6 millions restaient à trouver pour équilibrer son budget. Elle a alors relevé la taxe foncière de six points et repoussé des travaux qui n’avaient pas commencé. On peut contester chacun de ces arbitrages, mais pas les confondre : baisser une dépense, différer un investissement et augmenter un impôt ne font pas supporter le coût aux mêmes personnes ni au même moment.
La forte stabilité des taux en 2026 compte autant que les hausses. Elle montre qu’une augmentation de taxe foncière n’est pas la conséquence automatique d’une réforme nationale ou d’une hausse des coûts. C’est un arbitrage parmi d’autres, parfois rendu pénible par une assiette fiscale locale limitée ou des dépenses difficiles à réduire.
Cette concentration du pouvoir fiscal sur le foncier modifie aussi qui voit directement la décision fiscale : le taux voté par la commune est supporté par les propriétaires et usufruitiers.
Sur l’avis 2026, cette responsabilité tient finalement dans deux chiffres. La base a été revalorisée de 0,8 % par la règle nationale. À Drancy, le taux communal affiche désormais 48,49 %. L’un vient de Paris, l’autre du conseil municipal.
Sources consultées
- Direction générale des Finances publiquesTaux de fiscalité directe locale votés en 2026 par les communes et les EPCI
- Direction générale des Collectivités localesLa taxe foncière : une ressource prépondérante notamment pour les communes
- Direction générale des Finances publiquesSuppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales et nouveau schéma de financement
- Observatoire des finances et de la gestion publique localesRapport 2026, fiche sur les finances du secteur communal
- Ville de DrancyUn budget sous tension, des projets poursuivis