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À Saint-Denis, le Front populaire se fête là où 1936 fut tout sauf simple

Le 29 août, Saint-Denis célèbre les 90 ans du Front populaire. En mai 1936, Jacques Doriot y avait battu de seulement 698 voix le communiste Fernand Grenier.

Illustration - fête populaire à Saint-Denis

Samedi 29 août, Saint-Denis célébrera les 90 ans du Front populaire avec deux films de 1936, un grand pique-nique, un bal et un feu d’artifice. Mais l’anniversaire prend ici une couleur particulière : le jour même où la victoire du Front populaire se dessinait en France, les électeurs de Saint-Denis choisissaient de justesse Jacques Doriot contre le communiste Fernand Grenier.

Le 3 mai 1936, au second tour des législatives, Doriot obtient 11 585 voix, contre 10 887 à Grenier. L’écart n’est que de 698 suffrages. Ancien dirigeant communiste et maire de la ville, Doriot avait été exclu du PCF deux ans auparavant. Quelques semaines après sa réélection, il fonde le Parti populaire français, qui évoluera rapidement vers le fascisme puis la collaboration.

Cette journée électorale a aussi laissé des images. Robert Capa photographie à Saint-Denis des hommes devant les affiches de campagne et des électeurs au bureau de vote. Conservées notamment dans les collections de la BnF et de l’International Center of Photography, ces scènes replacent la ville au milieu d’un moment souvent raconté à l’échelle nationale : derrière la victoire de la coalition de gauche, chaque commune avait sa propre bataille.

À Saint-Denis, celle-ci ne s’arrête d’ailleurs pas en 1936. Après la démission de Doriot de son mandat de député, Fernand Grenier remporte l’élection législative partielle de 1937. La circonscription revient alors au PCF.

Le programme du 29 août fait revenir une autre dimension de cette époque. À 16 heures, le cinéma L’Écran projettera Grèves d’occupations, filmé pendant les mouvements sociaux de juin 1936 notamment à Épinay-sur-Seine, puis La Vie est à nous, œuvre collective réalisée sous la direction de Jean Renoir pour la campagne du Parti communiste. Dans le premier, les occupations d’usines sont aussi faites de repas, de chansons et de bals.

À 18 heures, la commémoration quittera le cinéma pour le parc de la Légion-d’honneur. Les habitants pourront y pique-niquer avant le bal Groove Time à 19 h 10, puis un DJ set de MC Mata et DJ Crown à 21 heures. Le feu d’artifice est annoncé à 23 heures. La journée est gratuite et sans inscription.

Quatre-vingt-dix ans sépareront ainsi les électeurs photographiés par Capa des tables installées dans le parc. Entre les deux, l’histoire de Saint-Denis rappelle que 1936 fut ici à la fois une fête sociale, une culture ouvrière et une bataille politique serrée. Samedi soir, cette mémoire retrouvera une forme familière : après les films et le pique-nique, on dansera.

Sources consultées
  1. Ville de Saint-DenisGrand pique-nique : 90 ans du Front populaire
  2. Bibliothèque nationale de France[Front populaire] / Robert Capa, photogr.
  3. Assemblée nationaleJacques Doriot
  4. Assemblée nationaleFernand Grenier
  5. Ciné-ArchivesGrèves d’occupations