
En 2025, la division de la famille et de la jeunesse (DIFAJE) du parquet de Bobigny a reçu 239 signalements portant sur 265 mineurs signalés comme victimes de proxénétisme ou pour une suspicion de prostitution. Parmi eux, 63 avaient moins de 15 ans. Le nombre de signalements a presque doublé en un an et 209 enquêtes de police ont été ouvertes.
Ce doublement ne mesure pas à lui seul l’évolution du phénomène : le rapport l’attribue aussi à un meilleur repérage par les professionnels de l’aide sociale à l’enfance et de la protection judiciaire de la jeunesse. Le parquet a néanmoins reçu près de cinq signalements par semaine. Parmi les 239 situations signalées, 45 % concernaient des victimes venues d’autres départements. Dix-huit enquêtes ont été transférées à un autre parquet.
Une même affaire peut ainsi relier le département où vit la jeune fille, celui où elle est placée, celui où elle est exploitée et celui où les faits sont découverts. L’alerte peut venir de la police, de l’ASE, de la PJJ, d’un établissement scolaire, d’une famille ou d’un hôpital. Elle doit ensuite être transformée en enquête, en protection éducative et, souvent, en prise en charge médicale. Le circuit départemental de signalement des enfants en danger n’est donc que le début du parcours.
À Bondy, le parquet travaille avec l’unité d’accueil pédiatrique enfants en danger de l’hôpital Jean-Verdier. Les victimes peuvent y bénéficier de dépistages, d’un suivi gynécologique et psychologique, d’un recueil de preuves et d’une audition dans une salle dédiée. Ce regroupement évite de disperser entre plusieurs services des démarches déjà difficiles pour des mineures souvent en fugue ou encore sous emprise.
Le premier point de rupture reste le temps de l’enquête. Le procureur de Bobigny a indiqué en janvier que le nombre d’enquêteurs spécialisés ne permettait pas une prise en charge immédiate de tous les signalements. Certaines victimes continuent alors d’être exploitées après une première alerte. Le parquet a porté de trois à quatre le nombre de magistrates référentes et recruté une attachée de justice. La DIFAJE comptait douze magistrats en 2025, pour une cible de treize, mais le procureur indiquait en janvier ne pas pouvoir conserver même cet effectif.
L’autre difficulté commence au moment de mettre la victime à l’abri. Selon la DIFAJE, certains foyers sont directement ciblés par les proxénètes. Les placements d’urgence peuvent également réunir des jeunes déjà prises dans les réseaux et d’autres susceptibles d’y être entraînées. Trouver un lit ne suffit donc pas : il faut un lieu tenu à distance du réseau, capable de préserver la confidentialité et la continuité du suivi. Aucun décompte public de ces places n’est disponible.
Depuis le 2 janvier 2026, les commissions départementales coordonnent aussi les parcours individuels des mineurs victimes et accueillent des représentants de l’ASE, de l’observatoire départemental de la protection de l’enfance et de la PJJ. Cette compétence nouvelle n’ajoute toutefois ni enquêteurs ni places d’hébergement.
À Bobigny, la plupart des signalements déclenchent déjà une enquête. La protection dépend ensuite du passage entre le parquet, l’hôpital Jean-Verdier et un lieu d’accueil capable de tenir les réseaux à distance.
Sources consultées
- Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humainsLettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes n° 27 : Le système prostitutionnel en France en 2025
- Assemblée nationaleQuestion écrite n° 17100 : Urgence de lutter contre la prostitution des mineurs en Seine-Saint-Denis
- LégifranceDécret n° 2025-1444 du 30 décembre 2025 portant modification des missions et de la composition des commissions départementales