
À Bobigny, la MC93 préfère risquer le déficit plutôt que supprimer des spectacles. À Saint-Denis, le Théâtre Gérard-Philipe pourrait perdre toutes ses réserves. À Aubervilliers, La Commune envisage de fermer de septembre à décembre. Trois théâtres voisins, une même séquence de restrictions budgétaires de l’État, mais trois crises différentes.
Leurs directions évaluent à 1,016 million d’euros l’effet cumulé des baisses et des crédits encore gelés en 2026 : jusqu’à 400 000 euros pour la MC93, 296 000 euros pour le TGP et 320 000 euros pour La Commune. Ce total reste une estimation de travail, pas une facture définitivement arrêtée. Le ministère a annoncé qu’une partie des sommes serait débloquée, sans publier la répartition entre les 28 établissements concernés.
À la MC93, Hortense Archambault a annoncé à son conseil d’administration qu’elle ne déprogrammerait pas la saison déjà présentée. Si les 400 000 euros manquent effectivement, la scène nationale de Bobigny terminera donc l’année avec un déficit important. Le théâtre protège les spectacles et les contrats, mais reporte le problème sur ses comptes.
Le TGP dispose d’un autre amortisseur, constitué durant près de deux décennies. Sa directrice générale par intérim, Isabelle Melmoux, chiffre ses réserves à 230 000 euros, moins que les 296 000 euros menacés. Les moyens directement consacrés à l’activité artistique passeraient de 876 000 euros en 2025 à 568 000 euros en 2026. Le théâtre resterait ouvert, mais la future direction arriverait sans réserve ni véritable enveloppe de coproduction.
La Commune n’a ni cette réserve ni la possibilité de présenter un budget déficitaire, selon son directeur. Une première baisse de 68 000 euros a déjà réduit ses moyens. Le gel de 252 000 euros supplémentaires supprimerait au total la moitié des moyens consacrés à son activité artistique. Frédéric Bélier-Garcia prévoit alors la fermeture du théâtre pendant quatre mois, l’annulation de onze accueils de compagnies et le placement d’une partie du personnel en activité partielle. Pour l’heure, il s’agit d’un scénario conditionné au maintien intégral du gel.
La différence tient à la façon dont le théâtre public décentralisé est financé. La MC93 est une scène nationale ; le TGP et La Commune sont des centres dramatiques nationaux. L’État leur confie des missions de création, de production et de diffusion qu’il finance avec les collectivités territoriales. Les saisons se préparent longtemps à l’avance, avec des artistes engagés, des coproductions signées et des équipes permanentes à payer.
Lorsque les crédits sont retenus après ces engagements, chaque établissement cherche donc sa marge là où il en reste une. La MC93 accepte de dégrader son résultat. Le TGP consomme l’épargne destinée aux prochaines productions. La Commune, déjà sous procédure d’alerte, devrait supprimer des spectacles et plusieurs mois d’ouverture si le gel était intégralement maintenu.
Le gel retarde ou empêche la dépense de l’État et reporte l’incertitude financière sur les théâtres, leurs salariés et les compagnies qu’ils devaient accueillir. En Seine-Saint-Denis, cette mécanique pourrait se lire dès la rentrée sur trois façades : saison maintenue au prix d’un déficit à Bobigny, réserves absorbées à Saint-Denis, fermeture possible à Aubervilliers.
Sources consultées
- Coups d’ŒilUn secteur en crise – Épisode 5 : Isabelle Melmoux
- Coups d’ŒilUn secteur en crise – Épisode 3 : Frédéric Bélier-Garcia
- ScenewebFestival d’Avignon : l’intersyndicale lance un ultimatum au Gouvernement
- SénatConséquences du « surgel » des crédits déconcentrés de la culture et risque de rupture du pacte de confiance avec les collectivités territoriales
- Ministère de la CultureCentres dramatiques nationaux