
Cet été, les canalisations gagnent l’allée Marcel-Paul et l’allée de Gagny à Clichy-sous-Bois, tandis que le chantier progresse autour de la médiathèque et du centre nautique de Livry-Gargan. Sous ces rues ouvertes se construit un réseau de chaleur estimé à près de 90 millions d’euros. Le Fonds Chaleur de l’État doit en financer 30,2 millions, soit 35 % du coût annoncé.
Le nouveau projet naît de l’échec de l’ancien dispositif géothermique. Clichy-sous-Bois utilisait déjà la chaleur puisée dans son sous-sol, jusqu’à ce que des difficultés techniques arrêtent la géothermie en 2015. Le réseau a ensuite fonctionné uniquement au gaz naturel. La commune avait envisagé de l’abandonner avant de relancer, en 2023, la recherche d’un exploitant capable de le rénover et de l’étendre.
Clichy-sous-Bois ne pouvait guère porter seule cette seconde vie. La géothermie profonde impose de forer jusqu’au Dogger, à environ 1 600 mètres, de construire une centrale et d’enfouir des kilomètres de conduites. Le sous-sol fournit la chaleur, pas les ouvrages nécessaires pour l’exploiter. Plus le nombre de bâtiments raccordés augmente, plus ces dépenses peuvent être réparties.
Le rapprochement avec Livry-Gargan donne donc au dispositif la taille recherchée. Le programme comprend un nouveau doublet géothermique, des pompes à chaleur et 28,7 kilomètres de distribution. En 2031, sa production doit atteindre environ 105 GWh par an, une capacité correspondant à quelque 11 000 logements. La ZAC du Bas-Clichy, le centre de Livry-Gargan, des immeubles collectifs et des équipements publics doivent apporter les volumes de chaleur vendus nécessaires à son équilibre.
Le service est confié pour trente ans à un groupement conduit par Dalkia, avec 2gré et Île-de-France Énergies & Territoires. Le groupement finance et exploite les installations ; les communes organisent et contrôlent le service. L’aide publique réduit l’investissement à couvrir, sans supprimer la nécessité d’obtenir les raccordements prévus.
Une première liaison vers le garage municipal de Livry-Gargan a été achevée fin 2025. Les travaux de voirie se poursuivent en 2026 dans les deux communes et doivent encore atteindre plusieurs équipements publics livryens. Le démarrage effectif du forage profond n’est pas encore documenté publiquement. Les premières livraisons de chaleur géothermale restent annoncées pour 2027, avant un déploiement complet en 2031.
L’objectif final est de produire 87 % de la chaleur à partir d’énergies renouvelables ou de récupération et d’éviter 23 250 tonnes d’équivalent CO₂ par an. L’ADEME prévoit notamment le raccordement de 3 000 logements sociaux. Le gain le plus solide, à ce stade, est une moindre exposition aux variations du gaz. Aucun bilan public ne permet encore de chiffrer l’économie finale pour un ménage donné.
Le même besoin de densifier les raccordements se retrouve lorsque sortir du gaz commence par ouvrir les rues à Romainville. À Clichy et Livry, le changement d’échelle est plus spectaculaire : une commune voisine et 30 millions d’euros d’aide publique ont été nécessaires pour remettre sur pied un réseau de chaleur revenu au tout-gaz. Les tranchées de Marcel-Paul, de Gagny ou de François-Villon devront devenir, dès 2027, de la chaleur effectivement livrée dans les immeubles.
Sources consultées
- ADEMEDéveloppement de la géothermie en Seine-Saint-Denis : une aide de 30,2 millions d’euros
- Autorité environnementale, IGEDDAvis sur la réalisation de la ZAC du Bas-Clichy
- Ville de Clichy-sous-BoisGéothermie : un réseau de chaleur urbain local
- Ville de Livry-GarganGéothermie : un réseau de chaleur urbain local
- DalkiaUn nouveau réseau de chaleur décarboné pour Clichy-sous-Bois et Livry-Gargan