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Street Art Avenue : dix ans après l’Euro, le canal change encore de visage

Né pour l’Euro 2016, le parcours réunit plus de cinquante fresques entre La Villette, Aubervilliers et Saint-Denis et continue de gagner de nouveaux murs.

Fresques le long du canal Saint-Denis

Au 62 rue Danielle-Casanova, à Saint-Denis, la façade d’une copropriété porte depuis juin une fresque monumentale de l’artiste marocain Benji. Cette œuvre est la dernière en date de Street Art Avenue, un parcours né pour l’Euro 2016 qui continue, dix ans plus tard, à gagner de nouvelles surfaces.

De La Villette au bassin de la Maltournée, en passant par Aubervilliers, plus de cinquante fresques occupent aujourd’hui plusieurs kilomètres de berges. Elles ne sont pas alignées sur les cimaises sages d’un musée. Elles apparaissent sur des maisons d’éclusiers, des façades d’immeubles, des piliers de pont, des murs d’usine, des sols ou les anciens silos du canal Saint-Denis. Le promeneur passe d’une œuvre commandée à des graffitis spontanés, puis retrouve l’eau, les voies rapides et le paysage industriel.

Le projet devait dès l’origine survivre au tournoi de football. Une vingtaine d’artistes avaient été invités à peindre le mobilier urbain et les bâtiments du canal, tandis que des ateliers associaient habitants et salariés du secteur. La manifestation sportive a fourni le départ. Le parcours a ensuite avancé par couches, avec des œuvres nouvelles et d’autres altérées ou recouvertes.

Ce renouvellement produit des images singulières. En 2024, Hera of Herakut a peint un bébé hérisson chaussé de violet, clin d’œil à un enfant ayant grandi dans la résidence qui accueille l’œuvre. Mjay a transformé au sol la coquille de Saint-Jacques en formes végétales suivant les ondulations du canal. Avant l’arrivée des artistes, des salariés en insertion de la régie de quartier de Saint-Denis avaient lessivé et préparé certains murs. Derrière la fresque monumentale, il y a aussi des échafaudages, de l’enduit et un travail collectif peu visible.

Le programme des dix ans a replacé ce travail collectif au premier plan. Pour l’Auber Graffiti Show du 12 juillet, plusieurs crews locaux étaient annoncés en peinture directe quai Gambetta. L’association L’Écluse devait proposer des ateliers de graffiti et de customisation, aux côtés de danseurs, musiciens, radios et clubs sportifs d’Aubervilliers. Le programme comprenait aussi des photographies de Willy Vainqueur. Adolescent à Aubervilliers, il a documenté dès 1984 les premières battles de danse organisées dans une ancienne casse, puis plusieurs décennies de hip-hop en Seine-Saint-Denis.

Street Art Avenue tient ainsi moins par l’accumulation de grandes signatures que par sa capacité à réunir des pratiques qui existaient déjà autour d’elle. Les commandes publiques fournissent des murs et des moyens. Les graffeurs, guides, photographes, associations et habitants empêchent le parcours de devenir une simple collection figée.

Une seconde fresque doit être dévoilée en septembre à Aubervilliers. Son artiste et son emplacement ne sont pas encore annoncés. Dix ans après l’Euro, le prochain chapitre de Street Art Avenue reste donc un mur sans image.

Sources consultées
  1. Agence d’attractivité POP Plaine CommuneLa Street Art Avenue
  2. Plaine CommuneStreet Art Avenue : joyeux anniversaire !
  3. Agence d’attractivité POP Plaine CommuneStreet Art Avenue, line-up 2024
  4. Ville d’AubervilliersAuber Graffiti Show 2026
  5. Seine-Saint-Denis TourismeExposition de Willy Vainqueur au Point Fort d’Aubervilliers